L’Observatoire des religions
"Le libre examen n’est que la luxure de l’esprit"

Al-Hallâj, le « Christ » musulman, a ramené Louis Massignon à la foi chrétienne

A cette époque, le pape dénonçait le "vice capital du libéralisme"

jeudi 2 août 2007

L’édition des lettres de Louis Massignon au père Anastase de Bagdad, écrites pour l’essentiel en 1909, ressuscite comme miraculeusement al-Hallâj, l’étrange et sans doute le plus grand mystique musulman, « mort dans la religion de la croix » le 25 mars 922, qui était le jour de l’Annonciation.
En même temps est éclairée d’une sombre lumière la haute figure de Massignon, restée en grande partie énigmatique. Le grand orientaliste a oeuvré pour le rapprochement des cultures chrétienne et musulmane. Marié après une jeunesse sexuellement aventureuse, il désirera de toute ses forces devenir prêtre, demandant une audience privée à Pie XII pour plaider sa cause.
Au grand dam du Pape, il obtient finalement à l’âge de 67 ans, son ordination de l’Eglise melchite, le 28 janvier 1950, à Sainte-Marie-de-la-Paix, au Caire, ce qui convient à son ardent désir de prier en arabe, mais l’ordination doit rester secrète et il lui est interdit de dire la messe en public.
Hanté par al-Hallâj qui le ramène dans la foi du Christ, Louis Massignon considère que le libre examen n’est que la luxure de l’esprit. C’était une époque où le pape Léon XIII, pape dénonçait le « vice capital du libéralisme », enseignant que la liberté accordée à tous n’était pas désirable par elle-même « puisqu’il répugne à la raison que le faux et le vrai aient les mêmes droits ».
Plus sans doute que ne voudrait le reconnaître l’éditeur de ces lettres (à qui on reprochera aussi les références erronées de la note 1 de la page 76), al-Hallâj hante Massignon. En plaçant le Calvaire au « centre de l’histoire du monde », avec, au passage, des remarques inattendues et très fines sur celui de Tronoën, Louis son « ardent désir » de mourir « non comme il y a un an, pour fuir al douleur d’une honte trop méritée ». Ce qui étreint maintenant le converti, « c’est vraiment le désir de la douleur dernière, qui m’arrachera à jamais au corps souillé que je traîne. »
Ce texte est proche des propres mots du Hallâj « Ma mort, c’est de [sur]vivre, et ma vie c’est de mourir. Je sens que l’abolition de mon être est le plus noble don à me faire, et ma survie tel que je suis le pire des torts. Ma vie a dégoûté mon âme parmi ces ruines croulantes. »
Les mots ultimes du martyre musulman méritaient eux-mêmes d’être cités : « Or, ceux-là qui sont tes serviteurs se sont réunis pour me tuer par zèle pour Ton culte et par désir de se rapprocher de Toi. Pardonne-leur, car si Tu leur avais dévoilé ce que Tu m’as dévoilé, ils n’eussent pas agi comme ils ont agi.’ » Comment Massignon aurait pu ne pas les rapprocher des dernières paroles du Christ ?
Louis Massignon Autour d’une conversion Lettres de Louis Massignon et de ses parents au père Anastase de Bagdad Textes choisis et annotés par Daniel Massignon, Préface de Maurice Bormans , Cerf, 113 p., 18 €

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