L’Observatoire des religions
Un livre d’Abdelwahab Boudhiba

La sexualité en islam

Presses Universitaires de France, 1979

dimanche 24 juin 2007

Professeur de sociologie à l’Université de Tunis, Agrégé de Philosophie et Docteur ès Lettres, Abdelwahab Bouhdiba est né en 1932 à Kairouan. A partir de 1995, il préside l’Académie tunisienne des Sciences, des Lettres et des Arts "Beït AI Hikma " à Carthage. Son ouvrage le plus connu est La Sexualité en Islam, traduit en anglais, arabe, bosniaque, espagnol, japonais et portugais. Edité pour la première fois en 1979, il a été réédité plusieurs fois.
La nature a horreur du vide. Mais que se passe-t-il quand elle crée elle-même du vide ?
Nous l’avons dit ailleurs : l’empire byzantin se rétracte à la manière du dieu de la Kabbale. (Islam/Histoire) ou comme un astre qui se refroidit. Sur l’espace laissé vacant, toutes sortes d’hérésies ont proliféré. Parfois, elles ont été sévèrement réprimées : ainsi en Egypte, les monophysites ont été massacrés. On n’en est plus là. On n’a plus les moyens de faire la police de la foi, la police tout court. On préfère le commerce « qui adoucit les mœurs ». Et surtout, il enrichit vraiment et durablement.
Le vide se remplit à partir du vide. Quelque par dans le désert d’Arabie, une nouvelle combinaison va être tirée de la Bible avec une telle puissance qu’elle va bouleverser le monde, tandis que les chrétiens de Byzance continuent à discuter sinon du sexe des anges, du moins de la nature du Christ – ce qui revient à peu près au même. Ce que le petit curé d’Alexandrie avait osé faire : rouvrir les temps messianiques (voir par ailleurs), un nouveau prophète s’y attelle, employant la bonne méthode : il sera le « Sceau des prophètes ».
Le Coran opère un retour à la case départ, c’est-à-dire à la Genèse. « Allah a créé les Zawj, le mâle et la femelle [...] de toutes choses, nous avons créé un Zawj, un couple » [1] . Comme dans la Bible, les sexes sont égaux, équidistants par rapport à leur racine. Leur union dans l’accouplement leur fait retrouver l’unité originelle. Elle est fusion et perfection.
Quant à la faute, elle est réparable. Le Coran lave au moins aussi bien que la Bible hébraïque. Le couple originel a désobéi à Dieu. Ce n’est pas rien. « Mais sa faute a été payée et largement par l’expulsion de l’Eden [ici pas de distinction entre l’Eden et le Jardin d’Eden]. La vie terrestre en tant qu’épreuve suffit largement au rachat », écrit le sociologue tunisien Abdelwahab Boudhiba dans son ouvrage [2]. On est à mille lieux de la tare congénitale du péché originel des chrétiens.
Aussi retrouve-t-on le devoir biblique de jouissance. « La jouissance sexuelle renvoie à Dieu » [3]. Dieu lui-même suggère à Mahomet de prêcher l’exemple : « Ô Prophète ! Pourquoi interdis-tu ce que Dieu a rendu licite lorsque tu cherches la satisfaction de tes épouses » [4]. La transgression, c’est de pas jouir des biens de ce monde : « Ô vous qui croyez ! Ne déclarez pas illicites les excellentes nourritures que Dieu vous a permises. Ne soyez pas les transgresseurs. – Dieu n’aime pas les transgresseurs [5].
Aussi bien est-il mal vu de rester seul. « Mariez les célibataires qui sont parmi vous », ordonne le Prophète [6]. Le célibataire musulman est aussi mal vu que le célibataire juif : « Ceux qui vivent en célibataires sont de la pire espèce ; ceux qui meurent en célibataires sont de la plus ignoble » [7]. "Le célibataire est le frère du diable" Après sept siècles de « renonciation » chrétienne à la chair !
Pas question, donc, de ne point convoler, et dans le mariage, de ne point copuler. A une femme qui lui demande quels sont les canons du devoir conjugal, le Prophète répond, selon la tradition : « Une femme ne doit jamais se refuser [à son mari], fût-ce sur le bât d’un chameau ». Selon une autre version : « une femme ne doit jamais se refuser à son mari fût-ce sur le bord supérieur d’un four embrasé » [8]. Et qu’elle ne se réfugie pas dans la prière pour s’épargner le devoir conjugal : « Il n’est pas permis en effet à l’un des deux partenaires de s’adonner, sans le consentement de l’autre, à des pratiques religieuses surogatoires de nature à rendre impossible ou à retarder l’œuvre de chair » [9].

[1] Lissan Al’Arab, t 3, p. 115

[2] Abdelwahab Boudhiba, La sexualité en islam, PUF, 1979, p. 102

[3] Boudhiba, op. cit. p. 113

[4] Coran, 66, 1

[5] Coran 5, 87

[6] Coran, 24, 32

[7] Quastallâni, t 7, p. 3

[8] Boudhiba, op. cit. p. 3

[9] Id. p. 110


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