L’Observatoire des religions
Unn livre de Paul Ricoeur

Parcours de la reconnaissance.

Trois études, Stock , 413 p.

vendredi 29 juin 2007

La connaissance, vous connaissez, bien sûr. Un sujet rabâché de bachotage. Mais la reconnaissance ? Un simple suffixe ajouté, et nous voilà pris de vertige par la magie du mot, perdu, sans repère, sans guide Si multiples, en effet, et canoniques sont les théories de la connaissance, il n’existe aucun ouvrage de bonne réputation qui n’ait été publié sous le titre de La Reconnaissance. Sur ce constat commence le dernier livre de Paul Ricoeur. Au terme d’une carrière bien remplie, le grand philosophe français ne craint pas de s’aventurer dans cette terra incognita qu’il nous propose d’explorer, de « reconnaître » justement - comme les militaires disent que l’on reconnaît un territoire chez l’ennemi.
Avant de nous embarquer dans ce voyage difficile, tortueux, captivant, Ricoeur consulte le Littré et Le Grand Robert - la première fois, nous dit-il, pour un travail philosophique. Il y trouve trois idées mères. Reconnaître, c’est d’abord saisir un objet par la pensée en reliant entre elles des images, des perceptions qui le concernent ; ou encore distinguer, identifier, connaître par la mémoire, le jugement ou l’action. Encore plus féconde, la deuxième matrice où reconnaître, c’est accepter, tenir pour vrai. On reconnaît sa faute, c’est-à-dire qu’on admet l’avoir commise, on la confesse, on l’endosse. De même reconnaît-on quelqu’un pour chef ou pour maître, un dieu pour son Dieu, une foi, une croyance, un droit, une dette. Reconnaître, c’est encore admettre pour vrai après avoir nié ou après avoir douté.
Troisièmement, et c’est un hôte inattendu, qui n’est pas invité dans la plupart des langues autres que le français, reconnaître c’est témoigner de la reconnaissance, de la gratitude. « Mais puisque l’on reconnaît si mal mes bons offices », fait dire Molière à un personnage de L’Etourdi. L’esquif étant gréé, les soutes bien remplies, nous voici donc partis pour un long « parcours » - une sorte de croisière de reconnaissance d’où l’on ne sait si l’on reviendra jamais. Les grands classiques de la philosophie, Platon, Aristote, Descartes, Kant, Hegel, Husserl, Ricoeur lui-même en tant qu’auteur de Soi-même comme un autre (Le Seuil, 1990 ), sont re-visités, re-trouvés, et c’est tout juste si nous les reconnaissons. On dirait que l’auteur nous invite au célèbre « dîner de têtes » imaginé par Proust.
Regrettons cette manie des éditeurs, à laquelle a cédé celui-ci, de transcrire les mots grecs dans des caractères latins qui les rend affreux, manie suppliciante pour les hellénistes et sans utilité pour les latinistes.

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