L’Observatoire des religions
Un livre de François Roustang, Odile Jacob, 237 p.

Il suffit d’un geste

Le malade imaginaire en son fauteuil

samedi 30 juin 2007

A chacun de ses livres, François Roustang aggrave son cas aux yeux des gardiens du temple lacanien. Avec Il suffit d’un geste, il devrait avoir contresigné sa condamnation définitive. On imagine aisément les arguments de l’accusation : Cet homme aurait mieux fait de rester jésuite et de confesser ses ouailles. Voyez : de la spiritualité , il est tombé dans le spiritisme ; aux exercices de Loyola, il a substitué les tours de passe-passe de l’hypnose. Comme s’il voulait confirmer l’avertissement de Flaubert : enlevez la sainte Vierge, et vous verrez tourner les tables.
Il est vrai que ce nouveau livre souffre de plusieurs défauts irrémédiables. D’abord, il est écrit dans un français limpide qui tranche avec l’habituel charabias psychanalytique. Ensuite, il prétend qu’une thérapie n’est pas forcément longue. Pour les charlatans qui tirent leurs revenus des cures interminables qu’ils infligent, c’est une mauvaise nouvelle. Et une excellente pour leurs patients, à qui notre bon docteur annonce, retournant la formule de Knock : « tout malade est un bien portant qui s’ignore ». Et de leur donner ce conseil : « Plus question de se tâter le pouls, ne pas perdre de temps pour agir [...] On est vivant et cela suffit ».
Car la grande affaire, l’unique affaire, c’est de se laisser pousser par la vie qui est au travail depuis des millions de millions d’années, qui est intelligente (« même sa cruauté est intelligente »). Et quel soulagement de savoir, de reconnaître et d’admettre qu’elle n’a pas de sens. Il ne s’agit pas ici de la vie avec un grand V, qu’on adorerait ou qu’on supplierait. « Je ne suis plus pour elle qu’un chien qu’elle laissera crever dans les bois ou sur la route, écrit Roustang. Elle n’est pas autre, elle n’est pas au-delà, elle est ici dans les toutes petites choses, car il n’y pour a l’être humain que le goût fabuleux des insignifiances. Mais il suffit d’habiter ce dérisoire avec vigueur et détermination pour, à l’instant même, se sentir à nouveau dans la jeunesse de ce qui n’a pas encore eu lieu ».
Il y a plus grave encore que ce goût du dérisoire. Ne mérite-t-elle pas condamnation, cette phrase à l’avant dernière page du livre : « le marxisme n’est plus de mise et le freudisme attend sa chute du mur de Berlin » ? Et n’est-il pas sacrilège de mettre en cause le meuble sacro-saint du rituel instauré par Freud. « En s’allongeant sur le divan, observe Roustang, on quitte les attendus de l’existence diurne ; la relation avec les autres ou avec l’environnement n’est plus donnée que dans l’intériorité, sans référence directe avec le dehors [...] Parce qu’on s’isole dans le quant-à-soi des pensées, des fantasmes et des rêves, c’est-à-dire ce qui relève de l’intime et du secret, la coupure entre l’esprit et le corps est accomplie. D’où la croyance en un psychisme qui aurait une réalité ».

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