L’Observatoire des religions
Mandeville, Man-Devil, L’Homme-Diable

Pensées libres Sur la Religion, Sur l’Eglise, et Sur le Bonheur national

Traduction de l’anglois. Manuscrit Montbret 475 de la Bibliothèque Municipale de Rouen. Edité par Paulette Carrive et Lucien Carrive. Introduction de Paulette Carrive. Honoré Champion Editeur, 295 p.

samedi 30 juin 2007

Mandeville est l’un des plus grands penseurs du 18ème siècle. IL est le premier à énoncer le principe de la "main invisible" sous une forme scandaleuse : les vices font le bonheur public. Adam Smith la reprendra dans un langage religieusement correct
Le lecteur voudra bien nous excuser, mais pour comprendre l’intérêt de ce texte inédit de Mandeville, un rappel chronologique succinct est nécessaire.
En 1705, Bernard Mandeville publie à Londres un poème intitulé La ruche mécontente, ou les coquins devenus honnêtes . Le texte est peu remarqué. Il contient pourtant une bombe intellectuelle capable de faire sauter l’édifice d’une science économique qui est encore dans les limbes. En 1721, Mandeville fait paraître Pensées libres Sur la religion, Sur l’Eglise et Sur le Bonheur National. L’ouvrage est très vite traduit en français à La Haye par un certain Justus Van Effen.
En 1723, le texte de 1705 est publié sous le titre La fable des abeilles assorti d’un sous-titre qui est à lui seul tout un programme : Private Vices, Public Benefits. (Vices privés, Bénéfices publics). L’argument peut se résumer ainsi. La ruche est prospère tant que les abeilles sont mues par l’amour des biens matériels en général et du luxe en particulier. Dès que les abeilles redeviennent sages, économes, sobres, bref vertueuses, leur économie périclite. Ainsi l’immoralité devient-elle cause de la prospérité des peuples. Un demi-siècle avant Adam Smith, Mandeville invente la notion de main invisible, sinon le terme : chacun en poursuivant son propre intérêt, même au sens le plus égoïste du terme, concourt au bien commun. Pour faire bonne mesure, l’auteur ajoute à la Fable un Essai sur la charité et les écoles de charité, où il dénonce avec vigueur les mobiles suspects qui engagent les riches à financer ces écoles destinées aux enfants pauvres. Le « paquet » était encore complété par un Essai sur la nature de la société où l’auteur écrit notamment que « ni les qualités qui forment les liaisons d’amitié, ni les affections naturelles à l’homme, ni les vertus réelles qu’il est capable d’acquérir par la raison, ni le renoncement à soi-même, ne sont le fondement de la société. C’est ce que nous appelons Mal dans le monde soit moral soit physique qui est le grand principe pour nous rendre des créatures sociables » . Coup de tonnerre dans le ciel des bons sentiments !
En 1723 paraît la deuxième édition des Pensées libres. C’est ce texte que l’on nous donne aujourd’hui à lire en français pour notre plus grand bonheur dans la traduction anonyme du manuscrit de Rouen, qui date lui-même du XVIIIème siècle. D’abord parce que c’est une merveille d’élégance, de clarté et de fidélité. Et Paulette Carrive a raison de dire dans son Introduction qu’elle est inégalable, car traduire aujourd’hui un texte du XVIIIème dans la langue de ce siècle serait une tentative trop artificielle pour ne pas être désespérée. Ensuite, parce que pour l’histoire des idées, ce texte est capital. Car il est contemporain du moment où Mandeville va causer le scandale.

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