L’Observatoire des religions

Entretien avec Alain Boublil

Questionnaire

jeudi 22 mars 2007

La question religieuse ne s’est réintroduite dans le débat politique qu’à la suite des problèmes particuliers posés par l’Islam et parfois par certaines pratiques culturelles ou cultuelles répandues dans des communautés immigrées originaires d’Afrique ou d’Asie centrale.

Auparavant, les rapports de l’Etat avec les religions chrétiennes avaient été réglés une fois pour toutes par le bloc « constitutionnel » de la laïcité. Et les rapports avec le judaïsme avaient été facilités par le principe rabbinique suivant lequel la loi des juifs était la loi du pays où ils résidaient, à partir du moment où on leur reconnaissait les mêmes droits que ceux des autres citoyens, ce qui est le cas depuis la Révolution et Napoléon, si l’on met entre parenthèses le tragique épisode de Vichy. Par exemple aucun juif n’a jamais contesté que les fêtes légales d’origine religieuse soient toutes des fêtes chrétiennes ni demandé que les fêtes juives soient reconnues légalement. Les difficultés de calendrier, dans l’enseignement comme dans les entreprises, avec les absences qui s’ensuivent, sont gérées au cas par cas avec la souplesse et la tolérance nécessaires. Tel n’est pas encore le cas avec l’Islam et de façon plus limitée avec certaines communautés africaines qui prétendent conserver en France des pratiques cultuelles en contradiction avec la loi française, qu’il s’agisse du droit civil (mariage, égalité entre les hommes et les femmes, séparation des églises et de l’Etat) ou du droit des personnes (dignité de la femme, port du voile, excision etc…).

Le problème posé aux politiques par l’Islam a donc été double :

- Le financement du culte : l’interdiction des financements publics, sur la base des principes posés par notre laïcité, a laissé le champ libre à des financements étrangers qui ont souvent contribué au développement d’un radicalisme religieux poussant à des pratiques en contradiction avec nos lois. C’est pour résoudre cette difficulté sans renier le principe de laïcité qu’a été bâti le concept d’ « Islam de France », non transposable pour les raisons précédemment évoquées aux autres religions. Il semble qu’on ait su trouver un équilibre qui satisfasse les parties prenantes et qui est l’objet d’un consensus entre les deux principales forces politiques du pays. L’action initiée par Pierre Joxe a été poursuivie par tous ses successeurs, Nicolas Sarkozy inclus.
- Le conflit entre la loi et les pratiques religieuses qui s’imposent aux « fidèles ». Nos lois sont partie intégrante de notre identité nationale. Les refuser au nom d’une pratique religieuse, c’est d’une certaine façon s’exclure de la communauté nationale en affirmant la supériorité de la norme religieuse sur la norme civile. Telle est la question que les politiques ont à trancher. Et il est difficile d’affirmer qu’elle n’est pas l’un des enjeux majeurs de l’élection présidentielle. De la solution qui sera trouvée et du succès de sa mise en pratique dépend la réussite de la politique d’intégration dont tous les candidats affirment qu’elle constitue l’une des priorités de l’action publique pour les années à venir.


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