L’Observatoire des religions

Bonaparte débarquant en Egypte :"Dites au peuple que nous sommes de vrais musulmans"

N’est-ce pas nous qui avons détruit le Pape qui disait qu’il fallait faire la guerre aux musulmans ?

dimanche 1er juillet 2007

Quand Bonaparte débarque en Egypte, il tient un discours de libérateur. De quel joug ? Du joug ottoman, représenté sur place par les Beys et les Mamlouks. Et pour mieux convaincre les égyptiens, il se présente comme musulman. D’où la proclamation au peuple égyptien du 1er juillet 1798 :
« Au nom de Dieu le Bienfaiteur, le Miséricordieux, il n’y a pas Dieu que Dieu, il n’a pas de fils ni d’associé dans son règne » [1]
« De la part de la République française frondée sur la base de la liberté et de l’égalité, le général Bonaparte chef de l’armée française fait savoir au peuple d’Egypte que depuis trop longtemps les Beys qui gouvernent l’Egypte insultent à la nation française, et couvrent ses négociants d’avanies : l’heure de leur châtiment est arrivée
« Ce ramassis d’esclaves achetés dans le Caucase et la Géorgie tyrannise ka plus belle partie du monde ; mais Dieu, le Seigneur des mondes, le tout puissant [2], a ordonné que leur empire finît « Egyptiens, on vous dira que je viens pour détruire votre religion ; c’est un mensonge, ne le croyez pas. Répondez que je viens vous restituer vos droits, punir les usurpateurs ; que je respecte plus que les Mamlouks, Dieu son prophète Mahomet et le glorieux Coran.
« Dîtes-leur que tous les hommes sont égaux devant Dieu ; la sagesse, les talents et les vertus mettent seuls de al différence entre eux.
« Or, quelle sagesse, quels talents, quelles vertus distinguent les Mamlouks, pour qu’ils aient exclusivement tout ce qui rend la vie aimable et douce ? Y a-t-il une belle terre ? Elle appartient aux Mamlouks. Y a-t-il une belle esclave, un beau cheval, une belle maison ? Cela appartient aux Mamlouks. Si l’Egypte est leur ferme, qu’ils montrent le bail que Dieu leur a fait. Mais Dieu est juste et miséricordieux pour le peuple ; et avec l’aide du Très Haut, à partir d’aujourd’hui, aucun Egyptien ne sera empêché d’accéder à une fonction éminente : que les plus sages, les plus instruits, les plus vertueux, gouvernent et le peuple sera heureux.
« Il y avait jadis parmi vous de grandes villes, de grand=s canaux, un grand commerce : qui a tout détruit, si ce n’est l’avarice, les injustices, et la tyrannie des Mamlouks ?
« Qadi, shayk, shorbagi, dites au peuple que nous sommes de vrais musulmans. N’est-ce pas nous qui avons détruit le Pape qui disait qu’il fallait faire la guerre aux musulmans ? N’est-ce pas nous qui avons détruit les chevaliers de Malte, parce que ces insensés croyaient que Dieu voulaient qu’ils fissent la guerre aux musulmans ? »
Ce texte intéressant se trouve dans la contribution de Henry Laurens [3] à l’ouvrage publié par CNRS Editions, La Démocratie est-elle soluble dans l’islam ? , sous la direction d’Abdellah, Denis Bauchard et Rémy Leveau, coordonné par Judith Cahen.

[1] préambule typiquement coranique

[2] même remarque que plus haut

[3] "Volonté de réformes et changements, le modèle de Bonaparte à Bush"


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