L’Observatoire des religions
Jules Michelet

Histoire romaine

Introduction de Paule Petitier, Les Belles Lettres, coll. Eux & Eux, 636 p. , 29 e

dimanche 1er juillet 2007

On entre dans ce livre de Michelet comme on se jette dans une forte mer, et par de vigoureuses brassées il faut s’éloigner vite des rivages agités des premières pages pour se laisser porter par la houle d’une prose puissante, profonde, toujours en mouvement.. Histoire romaine est quasi la première oeuvre d’un Michelet qui n’est pas encore l’historien tant célébré, statufié, l’idolâtre de la France, le prédicateur de la République, le chantre d’un Peuple introuvable. L’immense chantier de l’Histoire de France est à peine ouvert qui l’occupera pendant vingt ans.
A 33 ans, Michelet ne songe encore qu’à une téméraire Introduction à l’histoire universelle. C’est un « monstre naissant » comme on l’a dit du Néron de Britannicus. Car le génie est un monstre qui se confronte à d’autres monstres.
Dans une préface qu’il écrira beaucoup plus tard, en 1866, pour ce livre de jeunesse, il avoue : « Pour la première fois je me vis devant le sphinx, en face de ce monstre, l’histoire ». Il ne s’en remettra pas. « On se fait peu à peu historien (c’est une vertu), raconte-t-il, mais j’étais encore écrivain. » Les italiques sont dans le texte. Comme s’il pourrait jamais s’agir d’autre chose que d’écrire. Mais le prodige de cette écriture-là, c’est qu’elle donne l’impression de lire Polybe, Cicéron, César dans le texte, directement, hors la trahison inévitable d’une traduction. Parfois même il va jusqu’à recopier trois pages de Plutarque. Pourquoi écrire à nouveau ce qui l’a été parfaitement ? Il s’agit de la mort de César, du dénouement de la scène fatale : « dès qu’il voit Brutus lever le poignard sur lui...se couvrant la tête de sa robe, il livre son corps au fer des conjurés. » N’étaient les guillemets, on croirait encore lire du Michelet.
Donc Histoire romaine. Quel titre ! Il faut bien de l’audace pour le reprendre d’Appien. Sans Michelet, la France attendrait encore son Mommsen ou son Gibbon. Pourtant, le livre résulte simplement d’un cours que l’auteur donna aux normaliens en 1829-1830. A cette époque, le programme d’histoire de la classe de Quatrième portait sur Rome jusqu’à l’Empire. Michelet se devait de préparer ses élèves, futurs professeurs de lycée, à cet enseignement, qui nous paraît, à nous qui l’avons reçu, plus familier que celui infligé aux écoliers d’aujourd’hui.
La révolution de Juillet éclata alors que le professeur faisait l’un de ses derniers cours, mais il n’interrompit pas ses leçons pour autant. L’aventure napoléonienne est encore proche. Et la Grande Révolution, avec son culte de la romanité. Mais la référence est inversée. Cette fois, l’Antiquité est lue à la lumière des flambeaux de la Terreur. Michelet écrit avec un aigle sur l’épaule.

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