L’Observatoire des religions

Le parfum de la Madeleine

lundi 2 juillet 2007

Deux livres ont essayé d’enrayer le tsunami entraîné par la publication du livre de Dan Brown : Marie-France Etchegoin, Frédéric Lenoir, Code Da Vinci : L’Enquête, Robert Laffont, 279 p., 19 e. Régis Burnet, Marie-Madeleine, De la pécheresse repentie à l’épouse de Jésus., Cerf, 144 p., 13 e. On préfère de beaucoup le second au premier.
Jésus aurait couché avec Marie-Madeleine. De ces amours seraient née une lignée qui a donné Clovis et les Mérovingiens. Dès lors, les Carolingiens, les Capétiens et ceux qui les ont suivis seraient de vulgaires usurpateurs. Le Saint-Graal, ne cherchez plus, c’est la Madeleine elle-même, qui a recueilli en son giron le Sang Royal (San-g-real) du Fils de Dieu. Tel serait le grand secret que cache l’Eglise depuis deux mille ans et qui anéantirait le Saint-Siège s’il était révélé au grand jour. Le pape serait prêt à tuer ceux qui le détiennent pour qu’il soit à jamais oublié. L’exécuteur de ces basses œuvres serait l’Opus Dei qui joue aujourd’hui le rôle que tenaient les jésuites aux 17e et 18e siècles, à savoir celui de la bête noire de l’intelligentsia - un noir de soutane bien évidemment.
On n’attacherait pas d’importance à ces sornettes délirantes si elles ne tissaient la trame du roman policier de Dan Brown, Da Vinci Code¸ qui connaît, comme on le sait, un succès planétaire. Marie-France Etchegoin et Frédéric Lenoir s’attachent à démonter pièce à pièce toute cette fumisterie. Le livre de Brown repose en fait, plus ou moins directement, sur les imaginations d’un certain Pierre Plantard (« Plant ard », rejeton ardent) qui se croyait de lignée royale. Ce personnage douteux s’était fait un devoir de dénoncer un complot juif dans une lettre au Maréchal Pétain, alors chef de l’Etat français. Puis il avait donné forme à ses fantasmagories dans une association dite le « Prieuré de Sion », repris par Mr. Brown comme détenteur du fameux secret.
On comprend l’intérêt des auteurs et de l’éditeur à accrocher ce wagonnet à la formidable locomotive commerciale d’un best-seller. En Bourse on appellerait ça un « produit dérivé ». Mais dans la hâte de publier, ils ont oublié que d’une enquête journalistique on ne faisait pas forcément un bon livre, surtout si on n’y apportait pas beaucoup de nouveaux éléments intéressants. Le plus étrange, dans cette opération éditoriale, c’est que nos auteurs après avoir dit tout le mal qu’il pensait de Mr Dan Brown, de ses innombrables erreurs factuelles, de ses méthodes malhonnêtes de manipulation des textes et des sources, viennent nous dire, la bouche en cœur, que « le Da Vinci code pose de vraies questions, au premier rang desquelles la place de la sexualité dans le christianisme et le refoulement du féminin dans les religions. » Ils vont même, les naïfs, jusqu’à prêter à Mr Brown de la « pertinence » et une « certaine sincérité » dans les questions qu’il pose sur le sort fait à la femme dans la religion chrétienne. Bref, toutes voiles dehors, ils rallient l’auteur dans ce qu’il a de pire, son féminisme de prisunic.

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