L’Observatoire des religions
Aboutissement de la scolastique du Moyen Age

Le Quattrocento s’oppose à l’Antiquité

samedi 7 juillet 2007 par Joseph Babled

Au cours de la seconde moitié du Quattrocento (15e siècle ), le prix payé pour un tableau commence durablement à décoller de son coût de production.
Le peintre qui jusque là était considéré comme un artisan accède à une autre catégorie sociale, nettement supérieure. En même temps, sa rétribution se fait non plus seulement en fonction du nombre d’heures travaillées et du prix des matières premières utilisées pour produire l’œuvre (certaines couleurs étaient très coûteuses), mais aussi et de plus en plus en fonction de son savoir-faire que l’on va bientôt appelé talent ou génie.
Révolution sans doute irréversible comme en témoigne l’échec de la tentative faite à la fin des années 1980 par des artistes regroupés dans le mouvement « Support-Surface », notamment Louis Carré et Daniel Dezeuse), de calculer le prix des tableaux en fonction de leurs coûts en heures de travail, de tubes de couleur et de toiles [1].
Cette révolution du Quattrocento est fondamentale pour l’appréciation de la peinture puisque, détaché du coût de production, le prix du tableau deviendrait désormais un signe ambivalent propice aux anticipations les plus folles et les plus déstabilisantes. Elle est assez brutale pour qu’en quelques années des artisans accèdent à une vie princière
En même temps qu’ils gravissent un à un les échelons de la société, ces mêmes artistes découvrent la vanité des biens de ce monde – contre laquelle princes et puissants sont vaccinés. Assurément, la modification du statut social du peintre va aussi transformer, et très vite, le recrutement de cette profession dans laquelle les rejetons des classes moyennes peuvent désormais entrer sans déchoir [2]. Mais la distance qu’il leur reste à franchir est encore assez grande pour faire de ceux qui y réussissent des parvenus. Aussi découvrent-ils à la fois la Fortune et la Mélancolie – cette dernière devenant une source inépuisable d’inspiration. L’artiste du 21e siècle vit encore sur cet héritage : béni des dieux, il se veut aussi désenchanté.
Il serait certainement tout à fait abusif de supposer que les peintres du Quattrocento ont anticipé les ravages que causerait trois siècles plus tard la révolution industrielle dans les rangs de l’artisanat, les artistes s’émancipant à l’avance de cette classe pour ne point subir la prolétarisation. On n’en daterait pas moins le début des Temps modernes de cette première scission au sein de la classe artisanale, qui serait suivie de bien d’autres, mais cette fois dans le sens de la dégradation. Et l’on pourrait tout de même se demander si captant au profits des seuls artistes l’excellence de la « belle ouvrage », la consécration du « chef d’œuvre », le Quattrocento n’aurait pas ouvert la voie à la dégradation sociale d’autres artisans qui bientôt ne seront plus que des ouvriers déqualifiés.

[1] cf. Interview de Bertrand Lavier, in Art Press, n° 118, octobre 1987

[2] cf. notamment Frédérick Antal, « Florentine painting and its social background », Edition Kegan-Paul, London, 1977. L’auteur remarque que l’origine sociale des artistes du Quattrocento n’est plus la classe des artisans ; ils naissent dans la classe moyenne.


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