L’Observatoire des religions

De la nécessité des juifs

et de leur présence dans certaines villes italiennes de la Renaissance

mardi 17 juillet 2007

Pourquoi les juifs ont-ils pu s’établir durablement dans certaines villes italiennes à l’époque de la Renaissance ? Pour des chrétiens, qui voyaient en eux un « peuple déicide », leur présence était une chose anormale, gênante. Bien sûr il y avait des raisons plus pragmatiques, politiques ou économiques, à ce sentiment de répulsion. « Mais le plus souvent, nous dit Robert Bonfil dans le livre passionnant qu’il a consacré à la question, il s’agissait d’un vrai sentiment d’orthodoxie chrétienne de la part de ceux qui voyaient proche le jour du jugement de Dieu. » Sentiment d’autant plus vif que les Pères des ordres mendiants accusaient les juifs d’être des « usuriers ennemis des pauvres, donc doublement haïssables ».

Pourquoi donc y a-t-il eu tolérance, dans des centaines de localités ?

Les réponses que nous donne l’auteur, professeur d’histoire juive à l’Université hébraïque de Jérusalem, spécialiste du judaïsme italien, éclairent non seulement la « question juive » telle qu’elle se posait à la Renaissance italienne, mais aussi l’économie de cette époque, qui nous paraît, à tort, familière.

La Péninsule des XIV-XVe siècles était encore composée d’une multitude d’entités plus ou moins autonomes : seigneuries, principauté, villes, évêchés, etc., qui se faisaient concurrence pour attirer à elles richesses et hommes de valeur. Les juifs n’étaient donc pas les seuls à migrer à la recherche du havre le plus rentable ou le plus sûr. Mais, étant donné que certaines portes leur restaient fermées, ils subissaient avec d’autant plus de rigueur la loi de l’offre et de la demande sur le marché de la citoyenneté.

De plus la conception que l’on avait de la pauvreté était très différente de celle qui apparaît aujourd’hui dans les discours des bonnes âmes et des politiques plus ou moins désintéressés. « Les pauvres, remarque Robert Bonfil, étaient nécessaires aux riches pour que ceux-ci s’assurent, par l’aumône, l’absolution de leurs péchés. ». Dans ces conditions, les gouvernants n’avaient pas à s’occuper des pauvres. Mais la pauvreté n’en faisait pas moins problème, à la fois du point de vue moral et du point de vue de l’ordre public. Ici intervient la « nécessité des juifs ».

Robert Bonfil, Rabbis and Jewish Communities in Renaissance Italy, The Littman Library of Jewish Civilization, 1993

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