L’Observatoire des religions
L’Etat moderne remonte à la Querelle des Investitures (1057-1122)

Valeur, prix et droit

dimanche 22 juillet 2007

Les Allemands connaissent beaucoup mieux la France que les Français l’Allemagne. Ce qui s’observe dans le tourisme est également vrai dans d’autres domaines, et particulièrement dans celui du droit. Les trop rares traductions d’ouvrages allemands dans notre langue sont de véritables aubaines sur lesquelles il faut se jeter pour réduire quelque peu un déséquilibre stérile, et pour tout dire, humiliant pour le coq gaulois.
Avec ces textes du grand juriste allemand Ernst-Wolgang Böckenförde, non seulement nous avons accès à tout un pan de la culture germanique, mais encore pouvons-nous nous rendre compte à quel point de minutie et d’intelligence est comprise la pensée française de l’autre côté du Rhin.
Il ne s’agit pas d’un livre hélas ! mais, comme le veut l’économie éditoriale de notre époque, d’une réunion d’essais, un peu frustrante pour le lecteur. L’ensemble produit n’en est pas moins d’une très grande richesse, et d’une remarquable actualité dans de nombreux domaines.
Faire remonter l’ « aventure de l’Etat moderne », comme le fait l’auteur, non pas seulement au Testament politique de Richelieu mort en 1642, ni à l’Edit de Nantes (1598), ni à la déclaration de neutralité religieuse de Michel de l’Hospital devant le Conseil du Roi en1562, mais plus loin encore, à la Querelle des Investitures (1057-1122) opposant la papauté à l’empire, voilà qui met utilement en perspective la crise actuelle du politique.
Dans la lignée de Savigny (1779-1861), fondateur de l’école historique allemande, tout en la contredisant, il était nécessaire de faire le point sur l’historicité du droit, et l’auteur s’y emploie avec une dextérité éblouissante, ne manquant pas de citer Thomas d’Aquin : « une mesure doit être homogène à ce qui doit être mesuré ». Décortiquer toutes les complexités du « Rechtsstaat », dont la traduction en « rule of law » ou en « état de droit » n’est qu’approximative, permet une incursion fructueuse dans la pensée allemande. Retracer tous les linéaments qu’elle a tirée de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, c’est offrir un miroir troublant à nos propres grimaces. Démontrer à quel point le pouvoir constituant du peuple est une bizarrerie « à la limite du droit constitutionnel », voilà qui devrait intéresser tout théoricien de l’Etat, et Böckenförde montre ici une connaissance très précise des avanies juridiques de la Cinquième République, précisément le referendum ratifiant les accords d’Evian ( 8 avril 1962) et celui qui a permis l’élection du président de la République au suffrage universel (6 novembre 1962).
Le droit, l’Etat et la constitution démocratique Essais de théorie juridique, politique et constitutionnelle de Ernst-Wolfgang Böckenförde Réunis, traduits et présentés par Olivier Jouanjan avec la collaboration de Willy Zimmer et Olivier Beaud, Bruylant L.G.D.J, 318 p., 350 F, 53,36 E

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