L’Observatoire des religions

La Physiocratie, cette inconnue

L’influence surprenante de la pensée chinoise sur les physiocrates

dimanche 22 juillet 2007

On commet tant de contresens à propos de la physiocratie que c’est un plaisir d’attirer l’attention sur ce nouvel essai consacré à la célèbre école fondée au 18ème siècle par François Quesnay, médecin de son état. Yves Citton, professeur de littérature française à Pittsburgh (Pennsylvanie), nous invite à plonger dans de vieux textes oubliés ou méconnus, écrits dans le merveilleux français des Lumières, et rien que pour cela, il mérite d’être remercié. Mais il fait mieux. Opposant ces textes à leurs critiques de l’époque, il restitue le violent débat qui s’est déroulé dans les dernières décennies de la monarchie française.
Donc, d’un côté, voici, outre le fameux Docteur, Turgot, Mirabeau, Mercier, Du Pont de Nemours, Cantillon, Condillac, ce dernier insuffisamment cité à notre goût, et de l’autre, comme au « jeu du béret », les grands confrontés aux grands, les moyens aux moyens et les petits aux petits, Rousseau, Diderot, Condorcet, Linguet, Morelly, Necker. On ne cite ici que les principaux protagonistes d’un combat acharné, où, poussés par l’auteur, nous avons l’impression de lire les discussions tout aussi passionnées d’aujourd’hui sur les mêmes sujets : origines et limites du droit de propriété ; éventuelle asymétrie des relations économiques entre producteur et consommateur, entre patron et salariés ; spéculation stabilisante ou déstabilisante ; degrés et champs de l’intervention de l’Etat ; statut de la dite « science » économique et rôle des mathématiques ; nature de la « valeur ajoutée » (le « produit net » dans le langage des physiocrates) ; nécessité ou non d’une redistribution pour réduire les inégalités ; concurrence fiscale entre les Etats imposée par la mondialisation, etc...
Cerise sur le gâteau : L’influence de la pensée chinoise sur les physiocrates
On s’amuse beaucoup à lire les arguments des uns et des autres, aucun ne manquant d’esprit, et l’on s’émerveille que ces « philosophes » aient inventé en si peu de temps, de ce côté-ci de la Manche, avec une grande clarté et un style de haute époque, tout ce qui fait l’essentiel et la subtilité du raisonnement économique. Malheureusement, Yves Cottin gâte un peu son sujet en rangeant, non sans anachronisme, non sans simplification, non sans conformisme, les physiocrates dans le camp de l’ « économisme », et leurs critiques, dans celui de l’anti-économisme. Comme il prend lui-même parti pour le second camp avec une certaine candeur, l’équilibre du débat est quelque peu faussé. Certes, les physiocrates cherchaient à « renverser le sens commun », et leurs ennemis à le rétablir, mais cela ne donne pas forcément raison aux seconds, ni tort aux premiers.
Qu’est-ce que serait une science sociale qui ne ferait que nous répéter ce que nous indique le bon sens ? Un exemple parmi cent autres, donné par Mirabeau dans ses Economiques : « Ne te paroît-il pas bien étrange qu’un homme qui a de bonnes jambes se fasse porter par d’autres hommes ? Cesse d’y retrouver à redire ; car les porteurs de chaise murmurent bien fort quand ils voient un riche aller à pied ».
Pour autant, puisque l’auteur ne le fait pas, on est obligé de rappeler ici que ces physiocrates qu’il nous présente à mots couverts comme des défenseurs de la classe des propriétaires, n’en réclamèrent pas moins l’instauration d’un impôt sur la grande propriété, ce qui ne pouvait en effet leur être pardonné par les possédants et leur clique.
Portait de l’économiste en physiocrate Critique littéraire de l’économie politique de Yves Citton L’Harmattan, 348 p.

Accueil du site | Contact | Plan du site | En résumé | Espace privé | Statistiques | visites : 274675