L’Observatoire des religions

Le capitalisme peut-il se réguler lui-même ?

dimanche 22 juillet 2007

Il est dommage que John R. Commons (1862-1945) soit si mal connu en France. Cet auteur américain, qu’on ne sait trop comment qualifier - économiste ? sociologue ? juriste ? - n’a pas eu, il est vrai, la postérité qu’il méritait, même aux Etats-Unis. L’institutionnalisme qu’il a fondé n’a pratiquement pas fait école. Et les néo-institutionnalistes tels Williamson et North [1] ont en partie nié l’héritage. Le grand mérite du livre de Laure Bazzoli, qui fait presque oublier son aspect de thèse pas assez dégrossie (sans compter quelques fautes d’orthographe qu’on aimerait mieux mettre sur le compte de l’éditeur !) est de montrer que les questions posées par John Commons sont essentielles et toujours actuelles : il s’agit tout simplement de savoir si le capitalisme laissé à lui-même conduit au chaos ou à l’ordre - et quel ordre ?
On aura une idée de la réponse quand on saura que, selon Commons, le marché ne peut précéder l’Etat : l’Etat est antérieur, puisqu’il rend possible le marché.
En prime on apprendra que ce serait l’élasticité du système bancaire capable de créer la monnaie à partir de leurs dépôts qui serait la source des krachs.
Il est dommage que John R. Commons (1862-1945) soit si mal connu en France. Cet auteur américain, qu’on ne sait trop comment qualifier - économiste ? sociologue ? juriste ? - n’a pas eu, il est vrai, la postérité qu’il méritait, même aux Etats-Unis. L’institutionnalisme qu’il a fondé n’a pratiquement pas fait école. Et les néo-institutionnalistes tels Williamson et North [2] ont en partie nié l’héritage. Le grand mérite du livre de Laure Bazzoli, qui fait presque oublier son aspect de thèse pas assez dégrossie (sans compter quelques fautes d’orthographe qu’on aimerait mieux mettre sur le compte de l’éditeur !) est de montrer que les questions posées par John Commons sont essentielles et toujours actuelles : il s’agit tout simplement de savoir si le capitalisme laissé à lui-même conduit au chaos ou à l’ordre - et quel ordre ? La critique du capitalisme à laquelle se livre Commons part de l’idée assez commune que l’on se fait en ce temps-là, et encore au nôtre, des fondements de l’économie : l’égoïsme calculateur de l’homo economicus, supposé représenter le sujet de l’économie de marché.
L’originalité de Commons est de partir d’un autre paradigme : la « loi fondamentale de la nature humaine » serait, non pas l’intérêt, mais la recherche d’une « sécurité des anticipations ». En termes vulgaires, on dirait que l’homme a besoin d’être rassuré, que pour ce faire il se moule dans des habitudes, des routines qui lui évitent de se poser des questions à chaque fois qu’il remue le petit doigt. C’est ainsi seulement qu’il peut se consacrer à un exercice actif de la raison. Mais la sécurité suppose un ordre. Justement, comment émerge cet ordre ?
Or la « routinisation des processus cognitifs », pour employer le jargon de Bazzoli, ne peut être appréhendée par la psychologie individualiste dont se servent les économistes classiques. C’est par un processus de socialisation que les individus deviennent acteurs. Commons appelle donc à la reconnaissance de l’enchâssement social du comportement économique, et, partant, à remplacer l’individu rationnel par un individu raisonnable dont l’action est toujours médiatisée par sa relation aux autres et au contexte.
La nuance pourra paraître mince. Il n’empêche que des deux types, le raisonnable apparaît bien comme le plus civilisé, comme le plus adouci par le commerce (à la Montesquieu). Mais rien ne nous dit pourquoi le raisonnable l’emporterait sur le rationnel, surtout lorsque Commons précise lui-même que tout raisonnable qu’il soit, l’homme est aussi un être de passion, de stupidité et d’ignorance, qui a tendance à s’accrocher aux habitudes et aux règles existantes quand bien même celles-ci sont devenues inefficaces ou inadéquates.
L’économie politique de John R. Commons Essai sur l’institutionnalisme en sciences sociales de Laure Bazzoli L’Harmattan, 234 p.

[1] O. E. Williamson, Markets and Hierarchies, Free Press, MacMillan. Douglas C. North, Insitutions,Institutional Change and Economic Performance, Cabridge University Press, 1990

[2] O. E. Williamson, Markets and Hierarchies, Free Press, MacMillan. Douglas C. North, Insitutions,Institutional Change and Economic Performance, Cabridge University Press, 1990


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