L’Observatoire des religions

Vers la fin de la propriété ?

Le capitalisme serait en voie de décapitalisation, selon l’économiste américain Jeremy Rifkin

jeudi 18 octobre 2007

Le livre de Jeremy Rifkin, maintenant en Livre de Poche, a tout pour plaire. Sujet porteur : la prétendue « nouvelle économie ». Traité de manière apocalyptique : il s’agit de sauver la civilisation menacée par un risque mortel. Comme on ne manque pas de fustiger les géants multinationaux qui s’apprêtent à gérer notre vie jusque dans ce qu’elle a de plus intime et que l’on verse quelques larmes sur les déshérités de ce monde, le succès est garanti. A nouvelle économie, nouveau concept : nous sommes entrés dans « l’âge de l’accès ». Longtemps le capitalisme s’est identifié à la propriété et au marché. On échangeait des droits de propriété sur un marché. Tout cela est bientôt terminé. La propriété est remplacée par l’accès et le marché par le réseau. Les protagonistes du marché étaient les vendeurs et les acheteurs. Les héros du jour sont plutôt les pourvoyeurs et les usagers. « D’ici à vingt-cinq ans, prophétise l’auteur, l’idée même de propriété paraîtra singulièrement limitée, voire complètement démodée, à un nombre croissant d’entreprises et de consommateurs. »
C’est de la Toile Internet que Rifkin est parti pour élaborer sa version du capitalisme contemporain. Pour le commun des internautes, l’important, en effet, n’est pas d’être propriétaire de son ordinateur, mais de pouvoir accéder au cyberespace, et il ne peut le faire qu’en passant par un intermédiaire qui est souvent un géant multinational. Mais à lire notre auteur, c’est le capitalisme lui-même qui serait en voie de décapitalisation.
La bonne stratégie pour les entreprises serait de réduire au maximum leur capital physique en louant bureaux et machines, en diminuant le plus possible les stocks, en sous-traitant toutes les activités secondaires de façon à ne conserver que la partie la plus intellectuelle, la plus créative de leur métier. Les actifs qui font la valeur d’une firme sont désormais des immatériels. Plus grand est le pourcentage des actifs immatériels dans le capital d’une entreprise, plus intense serait l’amour que lui portent les spéculateurs.
Les particuliers suivraient la même voie, préférant la location à l’achat. Et pas seulement en matière de logement. Plutôt que de faire l’achat d’une moquette, ils louent les services d’un installateur qui en assure la maintenance. Le jeune ménage n’embarrasse plus son Caddie de couches-culottes, mais s’abonne à un service de fourniture qui lui livre régulièrement toutes les couches nécessaires aussi longtemps que bébé en aura besoin. La même entreprise peut aussi fournir par contrat toutes sortes d’autres services, des jouets aux vêtements en passant par les petits pots et le lait en poudre. Et pourquoi s’arrêter là ?
Pourquoi ne pas poursuivre cette relation tout au long de l’enfance et de l’adolescence ? Pourquoi ne pas la poursuivre jusqu’à l’âge adulte ?
Le tourisme industrialisé est évidemment l’illustration parfaite du propos de Rifkin. Plutôt que de s’empoisonner la vie avec les frais et les soucis d’une résidence secondaire immobilisant du capital, il est bien plus astucieux d’acheter pour chaque période de vacances des expériences exotiques à des agences de voyages spécialisées dans la fabrique de souvenirs.
Dans le même ordre d’idées, il n’est plus question d’épargner, mais au contraire de vivre à crédit. L’exemple américain paraît particulièrement démonstratif à Rifkin. Il oublie de nous dire - omission bien étrange de la part d’un expert aussi renommé - que l’investissement ne peut être financé à long terme que par l’épargne. Si en effet le bas de laine des Américains tend depuis quelques années à se vider, une épargne étrangère importée assure le financement de la croissance américaine, et par conséquent ce modèle n’est pas exportable à l’ensemble du monde.
L’âge de l’accès : La nouvelle culture du capitalisme (Poche) de Jeremy Rifkin, trazduit par Marc Saint-Upéry. La Découverte.

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