L’Observatoire des religions

Là où il n’y a que la lettre, là est le judaïsme.

C’est pourquoi les juifs ont été chassés du jardin paradisiaque de la jeune Eglise

lundi 26 novembre 2007 par Joseph Ratzinger/Benoît XVI

A l’Université de Munich , le jeune Joseph Ratzinger, qui avait déjà soutenu son doctorat en théologie avec une thèse sur saint Augustin, soutient ppour la première fois cette habilitation sur saint Bonaventure une première fois à l’autone 1955. En 1957, il put prononcer sa leçon d’habilitation.
L’ouvrage, publié en 1957, est tout à fait passionnant d’érudition et d’originalité.
On y trouve cependant une conception du judaïsme et un vocabulaire que le pape Benoit XVI n’emploierait sans doute pas aujourd’hui.
Bonaventure distingue trois types de sagesse : la sagesse uniforme, la sagesse multiforme, la sagesse de toutes formes, et la sagesse sans forme.
La « sagesse uniforme » naît de la connaissance des règles éternelles, de ces principes fondamentaux de toute connaissance, par lesquels l’homme capable de porter un jugement, mais doit reconnaître que ces mêmes principes ne lui sont pas soumis. Dans cette sagesse, l’homme saisit donc ces vérités premières comme données, que l’on ne peut contredire qu’en contredisant la raison. Ces règles et par là la sagesse qui leur correspond ont leur fondement en Dieu, et mènent à Dieu, qui cependant n’est pas saisi lui-même avec elles. Comme type de cette vérité, il y a Moïse : il s’agit visiblement ici de la sagesse tirée des seules forces de la raison. 95
Dans l’œuvre de Bonaventure, il est expressément dit que l’on ne saisit pas ce qui est à croire par la lettre de l’Ecriture, mais seulement par l’allégorie. La lettre seule n’est que de l’eau, qui n’est changée en vin que par la compréhension spirituelle ; elle est une pierre qui doit d’abord devenir du pain ; elle est, ainsi que Bonaventure le dit tout comme Johachim, l’écorce derrière laquelle seulement vient le vrai fruit ; et même, elle est, comme nous aurons plus tard à l’exposer avec plus de précisions, l’arbre de la connaissance du bien et du mal, lequel est devenu pour les Juifs occasion de chute et les a chassés du jardin paradisiaque de le jeune Eglise – c’est seulement par la compréhension spirituelle que l’Ecriture devient arbre de vie. Ainsi à la lettre correspond le « juif » non le « chrétien » - et il importe peu qu’il s’agisse alors de la lettre du Nouveau ou de l’Ancien Testament. En d’autres termes : là où il n’y a que la lettre, là est l’Ancien Testament, là est le judaïsme, peu importe s’appelle elle-même « Nouveau » ou « Ancien Testament ». La pure lettre n’est nullement « Nouveau » Testament ; mais le véritable Nouveau Testament n’existe que là où la lettre est dépassée par l’esprit. Dans cette mesure, ce qu’il y a de néo-testamentaire dans le Nouveau Testament ne consiste pas en un nouveau livre, mais dans l’esprit qui rend vivants les livres. 99
Comme l’Ecriture, les choses du monde aussi ont d’abord un côté extérieur « littéral », et, là aussi, celui qui les contemple est menacé par le danger d’en rester à la lettre et par là, de méconnaître la véritable signification symbolique des choses [...]. 128
C’est ainsi qu’il existe entre la révélation scripturaire et la révélation de la création un parallèle décisif. Dans les deux cas, la révélation se cache derrière une lettre qui voile, et dont le dévoilement n’est accordé chaque fois qu’à l’esprit qui, dans l’accomplissement existentiel vivant, dépasse lui-même le plan de la pensée de la lettre et s’élève au plan intellectuel et spirituel. Et dans les deux cas, il existe d’après cela le danger de l’attachement à la lettre, d’où résultent les deux erreurs religieuses fondamentales : ce qu’est le Juif dans le domaine de l’interprétation de l’Ecriture, le philosophe l’est dans le domaine de la compréhension de la création, lui qui oublie le rattachement des choses à leur sens ou même les nie ouvertement. 128
L’arbre de la vie, qui est finalement le Christ lui-même, est accessible par la compréhension spirituelle de l’Ecriture : de l’arbre de la connaissance au contraire mange celui qui ne comprend l’Ecriture que littéralement. Cette interprétation qui voit dans les deux arbres l’image de la double compréhension de l’Ecriture est l’exégèse primitive que Bonaventure emploie à l’égard des deux arbres ; elle n’est rejetée en aucun passage et manifestement n’a pas été inventée d’abord par Bonaventure. Mais sa conception théologique de l’histoire permet au saint de faire un autre pas. D’abord, l’événement du paradis se répète sur un plan supérieur dans la jeune Eglise : les judaïsants ne pouvaient pas se décider à l’abandon de l’exégèse littérale, c’est ainsi qu’ils mangeaient de l’arbre de la connaissance (cf. Romains 7, 7), et leur expulsion du paradis, c’est-à-dire du salut du Christ, fut la conséquence nécessaire : ainsi prit naissance l’hérésie des ébionites. Cet événement se répète aujourd’hui, dans le dernier temps, de nouveau sur un plan supérieur : « Il est écrit qu’Adam mangea de marbre de la connaissance du bien et du mal et fut chassé du paradis. Cela est aujourd’hui accompli dans nos maîtres. La compréhension spirituelle s’appelle « arbre de vie », la compréhension littérale « arbre de la connaissance du bien et du mal »…Celui qui aime la Sainte Ecriture aime aussi la philosophie, pour fortifier la foi par elle, mais la philosophie est l’arbre de la connaissance du bien et du mal, parce qu’en elle le vrai et le faux sont mêlés. 213
Joseph Ratzinger/Benoît XVI La théologie de l’histoire de saint Bonaventure. Préface de Rémi Brague Traduit par Roger Givord, Révisé par Louis Burger et François Vinel Titre original : Die Geschichtsthologie des Heiligen Bonaventura (1959). PUF
Les chiffres de ces notes de lecture renvoient à la pagination de l’ouvrage

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