L’Observatoire des religions
Selon un exégète catholique américain

Jésus est né à Nazareth et non à Bethléem.

David Ben Gourion pensait de même.

dimanche 3 juin 2007

Jésus n’est pas né à Bethléem ; la Cène n’était pas un repas pascal. Telles sont les deux assertions les plus saillantes du premier tome publié en français de l’œuvre monumentale de John P. Meier, consacrée à l’histoire du Christ. Sont disponibles encore les traductions des deuxième et troisième tomes. Le quatrième tome dans sa version anglaise n’est pas encore terminé. Toutefois, nous disposons avec les trois premiers volumes de quelque 2600 pages qui, déjà, permettent de dire qu’il s’agit de l’œuvre la plus importante, la plus fouillée, la plus critique qui ait jamais été publiée sur la vie de Jésus. Des centaine de notes en témoignent : l’auteur a tout lu de qui avait été écrit jusque là, il ne cherche à esquiver aucun des mille et un problèmes que soulèvent les récits relatifs à la vie de Jésus. En comparaison, l’œuvre fameuse de Renan fait figure de roman historique. De fait, c’est bien à ce géant de l’histoire religieuse du 19e siècle que peut se comparer l’auteur que le lecteur français va maintenant pouvoir découvrir.
1], la question ne se pose pas : Jésus est né à Nazareth et non à Bethléem".

Venons-en maintenant au récit de la Passion révisé par notre historien. Entre les trois Evangiles dits synoptiques à cause de leurs nombreuses ressemblances (Matthieu, Marc et Luc) et le quatrième, l’Evangile de Jean, le désaccord bien connu des exégètes sur les dates de l’événement pose de redoutables problèmes. Et si les circonstances de la Nativité sont relativement anecdotiques, au moins pour l’historien, et intéressent surtout la piété populaire, ici nous sommes au cœur du Mystère chrétien, notamment le repas de la Cène où le Christ institue l’eucharistie.. Et encore une fois, Mr. Meier est un guide qui sait nous passionner à résoudre des énigmes dignes d’un roman policier. Un guide indispensable, car l’intrigue est subtile.

Il faut d’abord rappeler que dans le mode de calcul juif des jours liturgiques à l’époque de Jésus, le coucher du soleil marque le commencement d’un nouveau jour. Ainsi le jour de Pâques qui est le 15 du mois de nizân commence la veille au moment où s’éteint la lumière du soleil..

Hantés par la Pâque biblique (Exode, 11,14), les synoptiques présentent la Cène du jeudi soir comme un repas pascal. Ce repas, pris après le coucher du soleil, serait donc celui de la Pâque et se situerait au commencement du 15 nisân, jour de Pâques. Par conséquent, selon les synoptiques, l’arrestation, le procès devant le Sanhédrin, les hésitations puis la décision fatale de Pilate, la crucifixion, la mort et l’ensevelissement de Jésus eurent lieu un vendredi qui était (jusqu’au coucher du soleil) le 15 nisân, avant que commence le sabbat, le samedi 16 nisân.

Pour Jean, la Cène est un sorte de banquet d’adieu que le Christ offre à ses disciples dans la maison d’un ami. Elle se déroule au moment où commence le 14 nizân. De ce fait, elle ne peut en aucun cas être un repas pascal. Jésus est jugé, crucifié, meurt et est enseveli ce même 14 nizan qui se termine le vendredi soir. Alors commence le 15 nizan, c’est-à-dire un samedi. Autrement dit, pour Jean cette année-là, par le hasard du calendrier, la Pâque juive coïncidait avec le sabbat.

La contradiction est irrémédiable. Pour Matthieu, Marc et Luc, le repas du jeudi était un repas pascal et Jésus est donc mort un vendredi qui était jour de la Pâque. Pour Jean, le dernier repas n’était pas pascal, et Jésus est mort un vendredi 14 nisân qui était cette année-là tout à la fois le jour de la Préparation à la Pâque et au sabbat.

Mr Meier passe en revue les efforts de nombre d’historiens pour concilier ces deux versions opposées d’un moment crucial, c’est bien le cas de le dire, pour la vie du Christ et la foi du chrétien - efforts qui ont donné lieu à de drôles acrobaties exégétiques. Aucune ne résiste à son examen. Il faut donc choisir entre les deux versions. Notre auteur retient celle de Jean comme la plus vraisemblable, tout en donnant de savantes raisons qu’il prendrait trop de place de rapporter. L’historien américain confirme l’idée qui a été émise dans ces colonnes (Le Figaro littéraire du ) : contrairement à ce que prétend une exégèse traditionnelle, l’Evangile de Jean est plus proche de ce qui s’est réellement passé que les trois autres évangiles. Mais là encore, toute une historiographie, celle du sacrifice de l’ « Agneau pascal », coule, est engloutie..

Affaires à suivre !

John P. Meier, Un certain juif Jésus, Les données de l’Histoire, T. 1 , Les sources, les origines, les dates, Traduit de l’anglais par Jean-Bernard Degorce, Charles Ehlinger et Noël Lucas Cerf, 496 p., 35 e

Titre original : Jesus. A Marginal Jew. Rehinking the Historical Jesus. 1. The Roots of the Problem and the Person. 2. Mentor, Message and Miracles. 3. Companions and Competitors. Doubleday, New York

[1] 1967, Six jours qui ont changé le monde, Denoël, 2007, p. 106


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