L’Observatoire des religions

Shimon Pérès, Diomède Catroux, Pierre Mendès France et la mémoire des enfants juifs

mardi 19 février 2008 par Michel Bar-Zohar

Durant l’été 1954, sous le gouvernement Pierre Mendès France, Shimon Pérès débarque à Paris pour renforcer la coopération militaire et nucléaire entre la France et Israël. L’émissaire israélien se fait remarquer par sa jeunesse (il a 31 ans) et son audace. Il vient dans la foulée de la visite officielle de trois jours à Paris du général Moshé Dayan, lequel a été décoré de la Légion d’Honneur en grande pompe.
On lira ci-dessous des extraits du livre de l’historien israélien Bar Zohar publié en 1964.
La visite de Dayan à Paris ayant prouvé que les chefs militaires français sympathisaient avec Israël, Pérès vint à Paris en visite discrète. Un accueil chaleureux fut réservé à l’émissaire israélien par Diomède Catroux, secrétaire d’Etat à l’Air « Quand, en 1954, Dayan et Pérès m’ont parlé de leurs problèmes, de leurs besoins d’armement, a-t-il raconté, je me suis dit que nous ne pouvions pas devenir complices d’un nouveau massacre et refuser d’aider le peuple israélien à se défendre. Je ne pouvais pas rester indifférent, je ne pouvais pas ne pas réagir devant le problème israélien. Car ce problème était une question de dignité humaine… »
Il est significatif de constater quel rôle important les hommes et leurs sentiments ont joué dans le développement des relations entre les deux pays. [...] Dans l’affaire des armements, Catroux, comme plusieurs autres, était mû en grande partie par des raisons personnelles : « Pendant l’occupation, j’étais chargé des services secrets économique en France occupée, nous a-t-il dit. Je devais aussi m’occuper de l’accueil des enfants juifs dont les parents avaient été arrêtés. En février 1943, un soir, j’ai eu sur les bras onze enfants juifs qui avaient perdu père, mère, maison, famille …
« Je les ai soignés et j’ai réussi à les sauver. Et ce fut la révélation d’un problème qui jusque-là n’avait été que théorique pour moi. J’étais contre le racisme et tout cela, mais c’était de la pure théorie. Mais quand, soudain, vous avez en face de vous onze paires d’yeux qui vous regardent, onze bouches qu’on doit nourrir, soigner – je n’avais alors que 23 ans – cela vous inflige un choc.
« C’est alors que j’ai commencé à réfléchir. Après la guerre, je suis parti en mission spéciale en Allemagne, j’ai visité les camps de prisonniers et de concentration et vu toutes les horreurs. Cela a éveillé ma conscience humaine, et je me suis trouvé solidaire de ces enfants, de ces Juifs… » Les résultats furent tout d’abord assez encourageants, car la même année, vers la fin de 1954, un premier accord d’achat d’armements était signé entre Shimon Pérès, d’un côté, et Diomède Catroux de l’autre. L’accord portait sur la livraison d’avions à réaction du type « Ouragan ». Une autre clause prévoyait la livraison, dans un proche avenir, de six avions « Mystère 2 », sic autres devant être livrés plus tard ainsi que trois avions de réserve ; d’autres commandes étaient passées, portant sur des chars AMX-13, de l’équipement radar et des canons de 75 mm. L’accord bénéficiait de l’appui franc et total de Mendès France. Ces accords faisaient date et les Israéliens y puisaient beaucoup d’encouragement et d’espoir.
Michel Bar-Zohar (1964), Suez ultra-secret, Fayard, p. 75-76

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