L’Observatoire des religions

Les idées chrétiennes de restauration juive

dimanche 8 juin 2008 par Georges Bensoussan

Pour les chrétiens, surtout pour les protestants, le retour des Juifs en Palestine constitue l’étape préliminaire à la parousie et à leur conversion au christianisme. Dans la première moitié du 19e siècle , l’Angleterre est le principal vivier de ce courant qui espère la disparition du judaïsme le jour où les exilés seront enfin rassemblés à Sion.
Le monde juif lui-même, à cette époque, n’envisage alors aucunement son salut en dehors du monde chrétien.
Dans l’ Europe du 19e siècle , la Palestine est vue de moins en moins comme le lieu d’une centralité religieuse et de plus en plus, en revanche, comme un carrefour stratégique et sécularisé entre Arabes, Turcs, Russes, etc. . Mais, dans le même temps, le romantisme européen fait d’Eretz Israël la terre d’une possible Rédemption. Miroir des fantasmes religieux, la Palestine est le sujet d’une vaste littérature arcadienne, elle joue le rôle d’une terre où vivent, comme les « bons sauvages » de jadis, des Juifs orientaux corrompus par l’ Europe.
Cette vision romantique est confortée par les courants chrétiens millénaristes, d’obédience protestante en particulier. Mais pas seulement. L’optimisme qui caractérise une Europe en passe de dominer le monde concerne aussi la résolution de ce que l’on nomme la « question juive ». Entre 1830 et 1860, au sein du monde chrétien , plusieurs éléments convergent , et parmi eux le triomphalisme de l’ Europe industrielle et coloniale, pour envisager favorablement le « retour » des Juifs dans leur antique patrie.
Au même moment, les comptes rendus de voyages qui font état d’une Palestine désolée confortent la vision juive et chrétienne de la Rédemption. Pour nombre de chrétiens, la Palestine serait devenue stérile depuis le départ des Juifs, et, pour ces derniers, Eretz Israël ne refleurira qu’avec eux. Au même moment, les Juifs d’ Europe commencent à être perçus comme un groupe national et non plus seulement comme une communauté religieuse. Ce changement de regard est lié à la montée en puissance des nationalismes dans l’Europe de la seconde moitié du 19e siècle, laquelle concourt à la fois à fortifier l’ antisémitisme et à envisager nationalement la résolution de la « question juive ».
La redécouverte de la Palestine est concomitante de la traduction de la Bible en langue vernaculaire (en particulier dans les milieux réformés anglais dès le 16e siècle . Le retour des Juifs en Palestine constitue l’étape préliminaire à la parousie et à leur conversion au christianisme . Au 18e et au 19e siècles, de nombreux projets vont dans ce sens. Certains sont même antérieurs mais demeurent isolés.
Georges Bensoussan, Une histoire intellectuelle et politique du sionisme (1860-1940), Fayard, p. 28-30.

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