L’Observatoire des religions

COMMENT ET POURQUOI LA FRANCE A DONNE LA BOMBE A ISRAEL

vendredi 20 juin 2008 par Philippe Simonnot

Au moment où la presse française fait de gros titres sur des révélations quant à la filière secrète nord-coréenne en Syrie, il n’est pas inutile de rappeler qu’il y a un demi-siècle, la France a donné la bombe atomique à Israël, prenant ainsi le risque de nucléariser la poudrière du Proche-Orient.
Ainsi fut installé au profit de l’Etat hébreu un énorme déséquilibre stratégique permettant aux stratèges juifs d’exercer un chantage nucléaire non seulement sur ses voisins arabes, mais aussi sur les grandes puissances pour obtenir d’elles subsides, privilèges et armements conventionnels.
Principal cible : les Etats-Unis, qui seraient forcément impliqués si par malheur la bombe atomique était utilisée au cours d’un conflit dans cette région. Et ce chantage est encore aujourd’hui exercé. C’est dire l’importance des conséquences actuelles de la décision prise par la France dans les années 1950.
Pourquoi l’a-t-elle prise ? Et QUI l’a prise ? On a prétendu que la France, ayant été convaincue de la précarité stratégique d’Israël face au monde arabe, aurait choisi « généreusement » de mettre définitivement l’Etat juif à l’abri de toute menace de destruction. Cette thèse qui suppose une certaine naïveté et certain altruisme chez les hommes d’Etat français de ce temps-là n’est pas vraisemblable.
En réalité, même si l’opinion et la presse à l’époque étaient largement intoxiquées par la propagande israélienne, au sommet de l’Etat on ne pouvait pas ne pas être informé de la supériorité écrasante de l’armée d’Israël sur ses éventuels agresseurs, la France ayant participé elle-même à la construction de cette supériorité en vendant à l’Etat juif les armes conventionnelles (chars, avions etc.) les plus sophistiquées de l’époque.
La raison du geste français– soigneusement cachée jusqu’ici – pourrait bien être tout simplement que la France a payé ce jour là, cash, le prix de la participation d’Israël à l’expédition de Suez visant à renverser Nasser. C’est ce que nous allons exposer et expliquer.
Avant 1940, la France avait été un pays pionnier en matière de recherche nucléaire. Ensuite, elle était tombée derrière les Etats-Unis, l’Union soviétique, la Grande-Bretagne et même le Canada. En 1950, elle se trouvait à peu près au même niveau qu’Israël. C’est donc sur une base relativement égalitaire que s’engage la coopération nucléaire entre les deux pays. Il est probable que les Israéliens ont aidé à la création du complexe de Marcoule permettant de produire du Plutonium.
Au plan pratique, la France disposait des moyens techniques et financiers évidemment beaucoup plus importants et pouvait mettre en œuvre les inventions mises au point par les savants des deux pays.
Les liens religieux ne sont pas étrangers à cette intimité franco-israélienne sur le plan de la recherche atomique. Ainsi, en juillet 1954, au moment de la création, près de Genève, du CERN (Conseil Européen pour la Recherche Nucléaire), Bergmann s’inquiète de l’adhésion d’Israël à cette importante organisation. Robert Valeur, qui a été chargé d’organiser le CERN, calme les angoisses de l’ambassadeur d’Israël en France : « Ne vous faites pas de soucis, Monsieur l’Ambassadeur, la plupart des savants nucléaires dans le monde ne sont-ils pas juifs ? »
Robert Dautray, qui passera plus tard pour le père de la Bombe H (thermonucléaire) française, est né Kouchelevitz, de mère ukrainienne juive. Il a été recueilli pendant l’Occupation allemande par Raoul Dautry, un des grands technocrates français et dernier ministre de l’Armement (du 20 septembre 1939 au 16 juin 1940) de la Troisième République française. D’où le nom de Dautray. En 1956, il est une des chevilles ouvrières de l’armement nucléaire de la France. Autre éminent nucléocrate, Jules Horowitz joue un rôle important au sein du Commissariat à l’Energie Atomique français.

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