L’Observatoire des religions

1- Comment l’Islam est né ?

mardi 5 juin 2007

Part I : Byzance du 5e au 7e siècle cherche à se délester de ses possessions extérieures.

Nevo Yehuda D. and Judith Koren, Crossroads to Islam, The origins of the Arab Religion and the Arab State,(2003) Promotheus Books, New York.

Notes de lecture (les chiffres entre parenthèse renvoient à la page du livre dont la note est tirée.)

Dans l’opinion de ses dirigeants, le centre du système politique ne devait pas être chargé du fardeau de contrôler, manipuler une grande multitude d’étrangers vivant dans de lointaines contrées ; il est beaucoup plus profitable de les laisser se gouverner elles-mêmes, de prêter de l’argent à leur gouvernement et de commercer avec eux.

Ayant pris cette décision, l’Etat byzantin fait face à deux problèmes majeurs :

L’un est de continuer à contrôler les sources étrangères de richesse et de s’assurer qu’aucun autre Etat ne devient assez fort pour défier son droit à le faire, sans avoir à être responsable de populations étrangères et de la finance de leur administration. Une solution possible est de diviser les régions devant être désinvesties en beaucoup de royaumes nains et de donner leur contrôle à des chefs de tribus ou de leur permettre de passer sous un tel contrôle, mutuellement hostiles et divisées par la race et la religion. L’autre est de confier le gouvernement de ces peuples à des élites tribales qui se voient elles-mêmes comme des clients de l’empire, et de maintenir leur statut de client par des moyens culturels, politiques et financiers. Byzance adopte plusieurs varaiations et combinaisons de ces solutions. (20)

L’autre problème est : comment se défaire du « fardeau de l’homme blanc » de responsabilité politique et administrative des provinces, en face de l’opposition à Byzance même d’éléments minoritaires, mais néanmoins bruyants et puissants capables de causer des troubles, voire une guerre civile dans la mère patrie. Un consensus est rarement atteignable. Il y a toujours des « constructeurs d’empire », des secteurs de l’élite dont les positions viennent du gouvernement des provinces, et des liens financiers et commerciaux avec ces pays.

Autre stratégie : éviter de proclamer une politique de fin d’administration et à la place démontrer une impossibilité de facto de contrôler ces peuples. L’Etat se débarrasse de ces provinces parce que il n’a pas le choix. (20)

Puisque cette méthode minimise les risques de guerre civile, c’est elle qui sera le plus probablement adoptée.

C’est une solution coûteuse en temps et en vies humaines. L’histoire ne respecte pas beaucoup les élites de gouvernement qui évitent des décisions politiques qui coûteraient la vie de soldats.

Détacher est plus lent qu’acquérir. (21)

Un point clé : les provinces de l’est étaient riches et densément peuplées

Les principales stratégies que cette analyse révèle sont :

Transfert du gouvernement local à des élites locales civiles et religieuses

Encourager des différences religieuses entre les groupes locaux

Détacher la population locale de l’empereur et de son administration

Des frontières en flammes : encourager des troubles constants aux frontières

Peupler les régions frontalières avec des barbares : des tribus barbares qui causent des troubles et des tribus tout aussi barbares pour les régler avec l’aide de la métropole ; acculturer ces tribus de telle sorte que l’empire se retire et que le contrôle leur soit confié. (22-23)

Remarquable continuité politique pendant 300 ans : faire que la population locale haisse l’empereur et ses représentants ; nourrir une autre forme de gouvernement basée localement ; préparer des barbares à assumer la responsabilité pour ces régions ; et finalement leur permettre de la prendre

Pendant les 4 et 5e siècles, Byzance démilitarise les zones frontières (36)

Le remplacement d’unités armées régulières par des Arabes locaux peut aussi être noté à cette période

Graduellement, la responsabilité de la défense aux frontières est confiée à des fédérés (foederati) arabes (42). Ces fédérés avaient de toutes façons à recevoir des subsides de quelque manière, pour les prévenir de faire des raids quand cesse d’arriver la paie qu’ils avaient reçue avant en tant que militaires réguliers. De l’armée régulière, seuls restent les limitanei qui dégénèrent en milice paysanne héréditaire (43).

Fédérés : hommes de tribus, militairement organisés et sous les ordres de phylarques nommés par Byzance. Ces devoirs comprennent non seulement le maintien de l’ordre aux frontières, mais aussi la réception de taxes, dont la principale est l’annona militaris, un impôt annuel en nature créé pour nourrir l’armée et la bureaucratie civile de la région. A mesure que l’armée se retire et que les fédérés prennent en charge leurs fonctions, la collection de l’annone militaire leur revient. Résultat : la population établie devient accoutumée, déjà au 6e siècle à payer des taxes à des Arabes (44)

Peste bubonique en 542 : un 1/3 de la population meurt (45)

Al-Sam : terme arabe pour Syrie Palestine (46)

Dans le dernier 6e siècle, l’empereur byzantin Maurice décide de démanteler le royaume Ghassanid, accusant al-Mundir, le phylarque ganasside de trahison. Le royaume se désintègre en 15 tribus.

Au sud d’une ligne passant par Antioche, l’empire ne se défend pas. A la fin du 6e siècle, Byzance se retire aussi de ses établissements civils en al Sam (46)

Nous considérons que ces retraits sont des applications volontaires de la politique de Byzance (47).

L’occupation perse est une drôle d’histoire. Au début du 7e siècle , ils tournent en direction de Syrie, Palestine prenant Jérusalem en 614, en contraste frappant avec la direction nord ouest de leurs précédents conflits avec Byzance (48).

Pour nous c’est le résultat du retrait de Byzance. Sébéos, év^que arménien auteur de l’Histoire d’Héraclius nous dit que les villes se rendent sans résister. Ceci confirme que les forces de Byzance n’étaient plus disponibles au nord de la Syrie. Les succès perses démontrent que Byzance était incapable de défendre ses provinces de l’est

622-628 : la contre offensive d’Héraclius montre combien est fragile la mainmise des perses.

La vraie croix est ramenée à Jérusalem en 630, des églises sont reconstruites mais les choses ne reviennent pas comme avant, le contrôle de Byzance est léger le contrôle des frontières reste entre les mains des foederati : des tribus individuelles qui reçoivent des subsides de Byzance. Byzance retire maintenant ce dernier vestige de contrôle manifeste. En 632 Byzance stoppe le paiement de subsides aux tribus de Ma’an. La destruction du royaume ghassanid et cette action au sud sont deux exemples documentés de la politique générale de Byzance d’abandonner la défense sur tout le limes oriental. La région entière est donc laissée aux mains des Arabes qui jusqu’à maintenant comme fédérés ont été habitués à se faire payer à Byzance

Controverse avec les historiens (49)

Nous : c’est le résultat d’une politique de long terme : cesser de payer est seulement le dernier pas de ce processus (50)

Le rôle de l’Eglise

Une fois que le retrait de l’armée est en cours, Byzance tourne son attention à encourager l’autonomie des élites politique locales. L’autonomie locale est fondée, entre autres choses, sur des religions locales et notamment sur des variantes du christianisme. Cette politique conduit donc Byzance à encourager une église locale indépendante de l’église officielle melkite (Orthodoxe Chalcédonienne) dans les provinces orientales.

L’Histoire classique nous montre Byzance luttant contre l’hérésie. Selon nous, la politique impériale a encouragé l’hérésie. L’existence d’une majorité orthodoxe vouant allégeance à l’empereur aurait rendu très difficile pour Byzance l’abandon du contrôle, puisque cela aurait signifié abandon de fidèles aux mains des barbares (51)

Byzance se sert de la persécution religieuse et de l’intransigeance pour éloigner des populations chrétiennes locales, beaucoup contre leur volonté, de l’allégeance impériale et forcer les élites locales et religieuses à fonctionner indépendamment (87)

Contexte démographique

L’archéologie et l’épigraphie montre que le niveau de vie arabe est toujours au plus bas (69)

Les arabes sont concentrés en Palestine Sud et en Arabie. Mais le cœur de Syrie et Palestine était habité par une population parlant l’araméen avec une élite parlant grec : Samaritains, juifs, chrétien, grecs, mais pas d’arabes (71)

Depuis le 4ème siècle, Byzance importe délibérément des tribus à la frontière du cœur (72 - 74 ; 87)


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