L’Observatoire des religions
Les Vies de saint François d’Assise

Vie du bienheureux François (Vita Prima), Légende de chœur, Légende ombrienne, Mémorial dans le désir de l’âme (Vita secunda – Traité des miracles)

Introduites par Jacques Dalarun, traduites par Dominique Poirel et Jacques Dalarun, révisées par Jacques Dalarun, Jean-François Godet-Calogeras, Jean-Baptiste Lebigue et Dominique Poirel

jeudi 13 novembre 2008 par Thomas de Celano

La nouvelle collection Sources franciscaines est destinée à accueillir en 2009/2010 une nouvelle édition des œuvres complètes de saint François d’Assise : à quarante ans de la première édition du recueil Saint François d’Assise. Documents, écrits et premières biographies par Théophile Desbonnets et Damien Vorreux, il était intéressant d’offrir de nouvelles traductions françaises d’un corpus élargi des sources les plus anciennes informant du Poverello, ainsi que des études ou des instruments qui en facilitent l’accès.

Navigation rapide

En avant-première de cette édition des œuvres complètes, ont été publiées en septembre 2008 deux « chapitres » des œuvres complètes : Thomas de Celano, Les « Vies » de saint François d’Assise et À l’origine des « Fioretti ».

Parmi les hagiographes de François d’Assise – les auteurs des légendes franciscaines –, Thomas de Celano occupe une place singulière. D’abord parce qu’il a écrit la première d’entre elles, celle qu’on appelle traditionnellement la Vita prima. C’est elle qui grave à jamais le portrait de François, imprime dans la mémoire collective les plus fameuses scènes de son existence, de sa jeunesse dissolue à sa mort en passant par la stigmatisation sur l’Alverne. Au point qu’il a été dit : « frère Thomas de Celano, auteur de la Vie du bienheureux François, peut être considéré comme l’inventeur du saint François d’Assise. »

Le premier hagiographe a un autre lien spécifique avec son modèle : il est le seul à avoir produit autant de versions de la Vie de François – quatre, cinq ou six récits au total ? –, le seul à avoir consacré plus de vingt ans de sa propre existence à consigner celle de son père spirituel. Il n’a cessé de ruminer son François, de le reprendre, de repriser ses propres textes, parfois à la limite de la rétractation. L’œuvre célanien, passage obligé de qui veut atteindre au saint d’Assise, conte aussi, sur le long terme de sa rédaction et de sa réception manquée, l’histoire d’une déception : Thomas, si soucieux de saisir et de restituer la vérité de François, découvre progressivement qu’il n’a pas plus de chance de s’en emparer et de la retenir qu’un homme ne peut emprisonner l’eau vive entre ses doigts gourds. Dans cette déception, on peut lire un échec ; on peut aussi y entendre une parabole sur notre incapacité foncière à pleinement comprendre autrui et à rester fidèle à sa mémoire. Le labeur hagiographique de Thomas de Celano est marqué de cette conscience, parcouru de ce déchirement.

Pour saisir la complexité d’un processus d’écriture qui devient vite récriture, il ne suffit pas de lire, comme on le fait d’ordinaire, la Vita prima puis la Vita secunda. Il faut embrasser le mouvement dans son ensemble. Dans la collection Sources franciscaines, il nous a donc semblé indispensable d’offrir en traduction française, pour la première fois, la totalité du corpus des légendes franciscaines dues à Thomas de Celano : la Vita prima et la Vita secunda bien sûr, dans des traductions sur nouveaux frais, mais aussi la Légende de chœur, qui n’avait jamais été traduite en français, la Légende ombrienne, qui vient à peine d’être reconstituée, le Traité des miracles, dont n’ont jusqu’à présent été traduits que des extraits. Ces traductions seront également intégrées au recueil François d’Assise. Écrits, Vies et témoignages, chacune à la place chronologique qui lui revient dans le flot des légendes franciscaines, ce qui permettra de saisir les interactions entre les divers témoignages des divers rédacteurs. Le présent volume donne à lire d’autres cheminements, plus intimes, en se concentrant sur le seul Thomas, auteur des Vies multiples de celui qui était devenu l’homme de sa vie.

On sait peu de choses sur Thomas de Celano. Plus surprenant peut-être pour nos mentalités contemporaines, nous n’avons pas l’assurance immédiate que les légendes qu’on lui attribue soient bien de lui : à une exception près, longtemps passée inaperçue, il ne se nomme pas dans ce que l’on croit être ses œuvres et nul copiste médiéval ne prit la peine d’indiquer le nom de Thomas en tête du texte qu’il transcrivait. Les titres des légendes, leurs exacts contours sont eux-mêmes sujets à caution. Enfin les dates de leurs rédactions sont loin d’être assurées. Mais nous sont parvenues nombre de mentions qui témoignent anciennement de Thomas ou de son œuvre.

La Vita prima a été l’objet de nombreuses études et a suscité des débats passionnés. Elle fut longtemps tenue pour une légende complaisante, édulcorant le message et l’expérience de François pour les conformer à l’image que voulaient promouvoir de lui Grégoire IX et l’ancien vicaire frère Élie : celle d’un saint en tout soumis à l’Église romaine. Aujourd’hui, nul n’aurait plus l’idée de nier que la Vie du bienheureux François constitue, avec les écrits, le plus important témoignage dont nous disposions sur François d’Assise. Tous les faits qu’elle rapporte ne sont pas toujours fondés historiquement, mais les récits ultérieurs qui semblent venir la corriger ou la contredire ne sont, dans la plupart des cas, que des broderies sur le dépôt originel de Thomas de Celano.

Un pécheur repenti

Quel visage du saint émerge de la Vita prima ? François est un pécheur repenti, qui a connu la boue du monde avant de se tourner vers le ciel, qui a été tenté par la milice séculière avant de s’enrôler dans la milita Christi. D’où l’importance du récit de la conversion : une conversion étirée dans le temps, progressive, comme la lente incubation d’une maladie salvatrice, comme la phase intermédiaire de la chrysalide entre la chenille et le papillon. François n’est pas un saint immaculé. C’est un converti, mais aussi un martyr manqué qui, en compensation de son échec, reçoit la grâce exceptionnelle des stigmates.

Thomas de Celano fut le premier biographe de saint François. Il en écrivit la vie une première fois en 1228, l’année même de la canonisation : c’est la « Vita Prima ». À la demande du Chapitre général de 1244 il se remit au travail et écrivit une nouvelle vie de saint François qui contient des détails des faits dont il n’avait pas eu connaissance en 1228 c’est la « Vita Secunda ». Il compléta enfin son œuvre en rédigeant un « Traité des Miracles de saint François ». L’ensemble de l’œuvre de Thomas de Celano constitue la source première et fondamentale de notre connaissance de saint François d’Assise.

À paraître en novembre 2008, collection « Sources franciscaines » – environ 600 pages, Editions du Cerf

Accueil du site | Contact | Plan du site | En résumé | Espace privé | Statistiques | visites : 274675