L’Observatoire des religions

3- Comment l’Islam est né ?

mardi 5 juin 2007

Part III : la religion arabe

Nevo Yehuda D. and Judith Koren, Crossroads to Islam, The origins of the Arab Religion and the Arab State,(2003) Promotheus Books, New York.

Notes de lecture (les chiffres entre parenthèse renvoient à la page du livre dont la note est tirée.)

Pour nous l’Etat arabe a précédé la religion arabe ; de fait, l’islam ne s’élève en partie en réponse au besoin du nouvel Etat pour sa propre religion d’Etat. Au moment du soulèvement, beaucoup de tribus sont encore païennes, et le paganisme survit jusqu à la moitié du 8e siècle. La religion d’Etat se construit à partir d’une forme générale, basique de monothéisme. La déclaration du Prophète ne vient que dans les temps qui suivent l’arrivé de Marwan au pouvoir.

Paganisme et sectes chrétiennes dans al-Sam mais aussi :

Abrahamisme := Abraham fondateur de la religion et modèle exemplaire, témoin Tertullien. Puis Sozomenus à Gaza dans son Histoire ecclésiastique 443-4450, décrit une forme de monothéisme ismaélite, qu’il considère identique à la religion pré mosaïque des hébreux. Pour Sozomenus, les arabes qui ont appris des juifs leur descendance d’Abraham adoptent des coutumes juives, puis chrétiennes. Sébéos racontera la même chose.

Isidore, fait référence à Marinos, un Samaritain de la seconde moitié du 5e siècle, qui abandonne l’Abrahamisme

Livre des Jubilées

Dans le Coran (2, 60) Abraham pèse beaucoup plus lourd qu’Ismaël ; les chrétiens peuvent appeler les arabes ismaélites, mais l’importance d’Ismaël pour les arabe eux-mêmes repose sur la trace de leur descendance d’Abraham. Abraham lui-même n’est ni juif ni chrétien, mais hanif, un terme nommant une classe de croyants pré – islamiques en un dieu, qui ne sont ni chrétiens ni juifs. Ils suivent la religion d’Abraham et sont décrits comme les avant coureurs de l’islam

Coran 3, 6 : il est dit au prophète de suivre la religion d’Abraham ; c’est un thème centrale de la littérature musulmane que l’islam est la continuation de cette religion originale d’Abraham, hanifiyyah (188).

Discussion autour de hanif.

Il n’est pas surprenant que les arabes ayant accepté que leurs origines ethniques se trouvent dans la Genèse devaient être particulièrement tirés vers un forme de monothéisme qui se réclame non corrompu depuis la religion originale de leur ancêtre Abraham (188)

Usage plus que fréquent d’Abraham dans l’épigraphie du Negev (189)

Les adhérents de la religion d’Abraham semblent montrer une préférence pour vivre dans la région où Agar a fui et où Ismaël a habité, traditionnellement considérée comme le coin ouest sud ouest du Negev nord, Gaza – Elusa b- Nessana (189).

La nouvelle religion arabe qui naît au 7e siècle emprunte à l’Abrahamisme et se construit dessus dans un essai réussi d’incarner une identité arabe et donc de clamer une allégeance arabe. Par exemple la Kaaba , un lieu païen est incorporé dans la nouvelle religion via une tradition qui lie le sanctuaire à Abraham

Judéo-christianisme

Les arabes n’étaient pas les seuls Abrahamistes. Les judéo-chrétiens le sont aussi.

L’influence des judéo-chrétiens sur l’islam est aujourd’hui reconnue par les historiens modernes, mais peu ont enquêté sur le lien entre les deux (190)

Les judéo-chrétiens se classent eux-mêmes comme juifs, mais ils maintiennent que Jésus est un prophète humain dont la mission était de restaurer la forme originale de la religion juive ; Paul et ses disciples ont corrompu le message.

Les sectes judéo-chrétiennes les mieux connues sont les Ebionites et les Nazaréens, mais le terme peut englober ceux qui acceptent Jésus comme prophète. Aucune secte judéo-chrétienne connue n’accorde à Jésus aucune divinité réelle, bien que quelques unes lui allouent un élément surnaturel dans sa naissance. Eusèbe dans son Histoire ecclésiastique que toute l’église de Jérusalem est faite de hébreu croyants [1], ce qui implique que la communauté de Jérusalem était totalement composé e de convertis venant du judaïsme qui se regardaient eux-mêmes comme juif qui acceptent Jésus. Lutte sévère au 1er siècle avec l’église pauline, qui finit par gagner. Les judéo-chrétiens s’enfuient et trouvent une atmosphère plus libre dans l’Empire sassanide en particulier à Nisbis, un centre Nestorien.

Quelques judéo-chrétiens ont continué à vivre en Syrie Palestine . A la fin du 7e siècle un évêque gaulois, Arculf, en visite à Jérusalem mentionne l’existence d’une communauté de juifs croyants

Notre connaissance des judéo-chrétiens vient largement des Homélies du pseudo-Clémentin moitié du 4ème siècle . Parallèles avec l’islam :

La croyance que Jésus n’est pas le fils de dieu mais un prophète qui lui est subordonné

L’usage de la connaissance versus ignorance pour définir les membres de la communauté

L’accent sur Abraham comme 1er « homme de savoir ». Les judéo-chrétiens distinguent Ismaël né dans un état d’ignorance et Israël né dans un état de connaissance. Donc les juifs sont un peuple du savoir tandis que les arabes sont ignorants quant à la vraie foi. Ce qui implique qu’ils restent congénitalement dans un état d’ignorance. Ce qui est une distorsion de Genèse 15-16 193

La prière en direction de Jésus qui est aussi celle de la première qiblah

Le déni de la crucifixion

Une haute estime pour la langue originelle : l’hébreu

La croyance que le christianisme paulinien a corrompu le message de dieu par Jésus

Insistance sur le respect de la Loi de Moïse : circoncision et sabbat

L’acceptation des prophètes du Pentateuque, idem chez les samaritains (c’est là que les arabes l’auraient pris selon Crone Patricia et Michael Cook (1977), Hagarism, the making of the Islamic world, Cambridge University Press. p. 14-15 (194)

Nous pensons comme Pines que les arabes ont été influencés par les judéo-chrétiens non en Hijaz mais à al - Sam et en Perse. Il n’y a pas de raison de ne pas accepter aussi une influence samaritaine, mais la principale est judéo-chrétienne. (195)

Monothéisme primitif arabe indéterminé : ne peut être classifié ni juif ni chrétien (196)

Les premières inscriptions datent de 660 : pas d’islam ni de christianisme ni judaïsme. Mahomet n’est pas mentionné. Le seul dieu est Allah (197).

La croyante monothéiste de ces textes de base sont très simples : les hommes sont inévitablement des pécheurs, dépendants de la grâce de Dieu pour se protéger de la punition de leurs péchés. Aucune référence à un prophète que ce soit Mahomet ou un autre. Dieu est défini par référence à Moïse, Jésus, Aaron, Abraham seulement (198).

Ces inscriptions ne sont jamais accompagnées du signe de la croix. (199)

Les inscriptions mahométanes. Elles sont marwanides : la plus ancienne date de 730-31 (règne de Hisam) et elles continuent jusqu’à être remplacées par les inscriptions musulmanes. L’atmosphère de punition est remplacée par l’optimisme et l’attente des faveurs d’Allah. Il y a des références à Mahomet le prophète mais pas à Mahomet maasum , incapable de pécher

Les inscriptions musulmanes : le premières datent de 160-170 après l’Hégire et les dernières de la fin du 3e siècle après l’Hégire : complexe paradis/ enfer, porter témoignage (200).

Référence à un prophète arabe dans la Doctrina Jacobi.

S’agit-il de Mahomet ? En tout cas il ne s’agit pas du Mahomet que nous connaissons. Il proclame que l’heure est proche. (209-210-212). Contre Crone

Sophronius certes ne considère pas que les envahisseurs comme des hommes de religion : ce sont des sans dieu.

Si les arabes dont Sophronius se plaint sont encore païens, et Mahomet encore inconnu, le fait que Sophronius ne mentionne ni leur prophète ni leur religion cesse de demander une explication (213)

N.B. : Dans la Chanson de Roland, le musulman est appelé païen (213)

Les musulmans sont des monothéistes primaires… (226)

Sébéos écrit en : rapporte une lettre de Mu’awiyah à Constantin en 651 : manifeste Abrahamique (229)

Le Pseudo-Methodius [2] se réfère aux fils d’Ismaël, mais ne mentionne pas l’islam, ni de quelle foi il s’agit. Apostasie, et non pas hérésie, = perte de chrétiens pour le paganisme. Cela contraste avec les textes du début du 8e siècle qui sont clairement mahométans. (231)

Jean de Damas De Haeresibus ne connaît que les sourates 2-5, le Coran n’est pas un livre mais des livres séparés. Jean présente le « chameau de Dieu » comme l’un de ces livres ; qui n’est pas dans le Coran (238)

Lettre de Léon III au calife Omar II r 717-720. Ne mentionne jamais le Coran par son nom. (239)

Léon mentionne plusieurs fois « Mahomet votre législateur le chef de votre religion »

Schacht (1950) : « le premier corps considérable de traditions légales venant du Prophète datent du milieu du second siècle, en opposition aux traditions légèrement plus anciennes des Compagnons et autres autorités et à la « tradition vivante » des anciens livres [...] le preuve de traditions légales nous rapporte seulement à l’an 100 ; à cette date la pensée légale islamique commence depuis la dernière administration omeyyade et la pratique populaire » (241)

[1] Histoire ecclésiastique, 4, 5, 2.

[2] The Apocalypse of Pseudo-Methodius is a 7th-century apocalypse that shaped the eschatological imagination of Christendom throughout the Middle Ages. The work was written in Syriac in the late 7th century, in reaction to the Islamic conquest of the Near East, and is falsely attributed to the 4th-century Church Father Methodius of Olympus. It depicts many familiar Christian eschatological themes : the rise and rule of Antichrist, the invasions of Gog and Magog, and the tribulations that precede the end of the world. Entirely new was its legend of the Messiah-like Last Roman Emperor, who would be a central figure in apocalyptic literature until the end of the medieval period. It was translated into Greek soon after its composition, and thence into Latin (by the eighth century) and Slavonic


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