L’Observatoire des religions

4- Comment l’Islam est né ?

mardi 5 juin 2007

Conclusion

Nevo Yehuda D. and Judith Koren, Crossroads to Islam, The origins of the Arab Religion and the Arab State,(2003) Promotheus Books, New York.

Notes de lecture (les chiffres entre parenthèse renvoient à la page du livre dont la note est tirée.)

Les arabes qui prennent le contrôle de Syrie-Palestine en 638 environ sont un mélange de fédérés byzantins de la région du limes augmentés de tribus de Palestine Sud et de Phoinikon. Quelques uns des anciens fédérés étaient des chrétiens au moins nominalement, mais beaucoup sont païens. Ils sont rejoints, dès que le vent tourne, par d’autres arabes locaux, quelques-uns chrétiens et d’autres venant d’autres croyances. Il n’y a pas au début de contrôle d’ensemble par un leader arabe, mais vers 640 Mu’awiyah prend le contrôle des régions nord de Syrie-Palestine (242).

Mu’awiyah se trouve maintenant dans une position assez compliquée du point de vue politique. La superpuissance reste Byzance et il est inconcevable qu’il puisse maintenir son contrôle sans contact avec Byzance. Nécessité du point de vue de Byzance et du point de vue arabe. Mais Byzance impose clairement sa condition pour permettre aux arabes de prendre le contrôle sur ses provinces orientales, c’est-à-dire qu’il faut que l’élite dirigeante au moins accepte une forme de monothéisme. Les provinces orientales, avec leurs chrétiens ne pourraient être livrés à des païens

La nouvelle élite est maintenant confrontée à la nécessité politique de professer quelque forme de monothéisme. Du point de vue de Byzance ce monothéisme ne devrait pas être un christianisme orthodoxe.

Ces Melkites reconnaîtraient la juridiction de l’empire. Byzance a bien l’intention d’abandonner toute administration directe. De même la religion ne pouvait être une forme de christianisme local car cela pourrait menacer la suprématie de Byzance.

Les Arabe avaient leurs propres conditions : le monothéisme qu’ils adopteraient devrait les distinguer des autres peuples. Car les Omeyyades, contrairement aux Abbassides, ont une vue ethnocentrique de la place des arabes. Ensuite la nouvelle religion devrait se conformer à ce qu’ils savent déjà de leur relation avec les autres peuples monothéistes, c’est-à-dire leur statut de fils d’Ismaël et descendants d’Abraham

Les arabes pouvaient éventuellement adopter le judéo-christianisme. Mais l’époque du soulèvement, cela n’était pas une solution convenable. La population arabe déjà établie en Syrie-Palestine est déjà chrétienne et on ne pourrait pas s’attendre à ce qu’elle se convertisse à une forme hérétique de christianisme pas plus que les non arabes ne le feraient. La conversion arabe à la nouvelle religion se ferait si elle doit se faire parmi les tribus païennes de l’interface. Ce qui implique qu’elle doit être aussi libre que possible des subtiles disputes christologiques, et de la coupe de cheveux en quatre des philosophes, incompréhensibles pour ces arabes sortis tout droits du désert. La forme choisie est donc, non une version du christianisme mais le monothéisme indéterminé, une très simple croyance en un seul Dieu 243 déjà courant au moins dans certaines tribus

Donc trois groupes religions pendant la période du soulèvement :

1) L’élite urbaine est chrétienne

2) Les chefs de tribu adoptent une forme très basique de monothéisme, possiblement influencé par les Samaritains et les judéo-chrétiens

3) La population arabe des nouveaux venus est païenne

Mu’awiyah meurt en 680 et Abd al-Malik devient calife en 684. Cela prend plusieurs années pour établir un contrôle solide, un procès achevé en 692. Aussitôt, il franchit le pas religieux suivant : il proclame un Prophète national arabe, et fonde le Mahométisme. En quelques années, l’attitude officielle face au chrétien se durcit et la pression commence pour la conversion des chrétiens (245)

Le prophète choisi

La première mention des trois mots Muhammas rasul Allah apparaît sur une monnaie frappée à Damas en 690-691. En 691-692 il devient avec Jésus le principal protagoniste des inscriptions d’Abd al-Malik au Dôme du Rocher à Jérusalem. Avant cette date il n’est pas mentionné, après cette date il est obligatoire de le mentionner. Preuve numismatique et épigraphique

La preuve non numismatique n’existe pas non plus pour situer Mahomet avant Abd al-Malik (254). Le Mahomet de la Doctrina Jacobi ne fait pas l’affaire. Idem pour les Secrets de Simon ben Yokay (255).

Le manque le plus aigu réside en ce que les arabes aussi n’ont pas de généalogie dans une région et parmi des peuples où le lignage est très important. Les juifs ont l’Ancien Testament qui tracent l’occupation de la Terre promise depuis Moïse. Les Byzantins depuis Alexandre. Les chrétiens se considèrent comme les successeurs des juifs. Mais les arabes, en tant que groupe ethnique, n’ont pas d’histoire à offrir. Leur descendance d’Abraham, qu’ils ont apprise des juifs, est un début, mais à travers une femme esclave elle les fait inférieurs aux juifs, et ils ne peuvent évoquer aucune approbation divine pour une religion arabe séparée ou un Etat arabe . Ce déficit est comblé seulement avec la Sirah, mais Abd al-Malik le comble aussi en offrant aux arabes un prophète national qui leur est propre

Tout cela n’a rien à avoir avec la biographie officielle de Mahomet qui pose bien des problèmes

Même la Sirah donne la forte impression que l’une des principales raisons de l’écrire a été de fournir un référent extérieur aux allusions obscures du Coran et vice versa et de créer une Histoire du Prophète qui pourrait rencontrer les allusions dans le Coran. Le nom de Mahomet n’est mentionné que quatre fois dans le Coran, le nom central du Coran est Moïse Il est difficile de glaner dans le Coran quelque information sur la vie du prophète. C’est en opposition totale avec le Moïse de la Bible. La biographie de Mahomet a du être entreprise séparément, par Ibn Ishaq et sa génération

Le Coran a deux caractères : la référence constante à un prophète non nommé et une théologie judéo-chrétienne. Il est difficile d’éviter la conclusion que le matériel collecté dedans est le travail de quelque secte judéo-chrétienne (258 259)

Le Mahométisme est accepté dans les inscriptions du désert seulement 40 ans après celles du Dôme du Rocher (259).

Que les sujets d’Abd al-Malik acceptent ou non la religion officielle, ils ont au moins compris le slogan cryptique du Dôme du Rocher, car la prophétie est une constante monothéiste.

Résumé

Mahomet signifie non pas prié mais désiré. Comme tel, il est un nom arabe valide sans aucune signification religieuse. Mais à un moment il est adopté dans le jargon religieux avec le sens de désiré par dieu comme son messager. La première preuve que nous avons est la monnaie de 691 et le Dôme du Rocher de 692. Il ne s’agit pas de nommer quelqu’un mais de décrire un attribut du messager de dieu, en contraste avec le message de Paul : il est seulement humain, non un fils de Dieu non divin en aucune façon il peut être qui est choisi par Dieu. Donc nous considérons qu’il est introduit dans l’interrègne entre Mu’awiyah et Abd al-Malik et que Abd al-Malik le relie au prophète judéo-chrétien qu’il adopte (264).

Mais puisque Mahomet est aussi un nom valide mais non jusque là très commun, il est aussitôt perçu comme nom du prophète plutôt que comme un attribut le décrivant. D’épithète il devient nom. Cf Jean de Damas (265)

Rasul Alla : pas moins de 300 occurrences dans le Coran

La foi officielle

Pines (1984) a montré que il n’y a que Dieu est une traduction en arabe de slogans utilisés par les judéo-chrétiens dans leur polémique des siècles précédents (271)

Ni Mahomet lui-même ni aucune phrase mahométane n’apparaissent dans aucun document officiel avant 691 Cet argument a silentio est d’un poids considérable.

Emettre des monnaies est une importante fonction symbolique de toute entité politique, surtout quand l’entité politique est nouvelle. Conclusion la preuve est qu’avant 691 aucun message de la religion mahométane n’a été délivré, ni aucune mention de Mahomet lui-même ni aucune expressions mahométanes. En d’autres termes, la religion officielle avant 691 inclut seulement un monothéisme indéterminé. Mais après 691 et à travers la dynastie marwanide [1] la politique officielle est d’inclure des phrases de Mahomet à chaque expression religieuse. (273)

Le Mahométisme est ainsi une introduction marwanide, auparavant non attestée, formé par l’introduction de concepts religieux nouveaux sur une strate de croyance préexistant. L’inscription du Dôme du Rocher suggère que Abd al-Malik avait des croyances judéo-chrétiennes. Auxquelles il ajoute le prophète et le résultat devint du jour au lendemain quasiment la seule forme de déclaration religieuse de l’Etat à être utilisée dans beaucoup de forme de documents ou d’inscriptions (273-4))

En bref, l’Etat décide de formuler et de déclarer officiellement l’adoption d’une religion d’Etat qui puisse tenir face aux autres religions de ses sujets et spécialement contre le christianisme, la foi de Byzance.

La théologie du Dôme du Rocher est tout à fait intéressante (274-279)

Muhammad bn al-Hanafiyyah, fils d’Ali [2]

Bashear a montré que beaucoup d’éléments biographiques de Mahomet sont des rétrojections de la vie de Muhammad bn al-Hanafiyyah. Il en conclut que c’est lui le prophète Mahomet. C’est aller trop loin.

Walid accède au pouvoir en 705. Il transforme l’église saint jean de Damas en une masjid, maison de prière ; la grande différence avec Abd al-Malik est que Abd al-Malik n’est pas anti chrétien alors que Walid finalise la séparation entre le christianisme et la nouvelle religion. Avec Abd al-Malik vient l’intolérance vis-à-vis de la croix mais non des chrétiens, avec Walid moins d’indifférence envers les non croyants quand ils sont arabes.

Surtout il affirme la nouvelle religion (294)

Le texte du Dôme du Rocher est spécifiquement composé pour l’inscription et ensuite inclus dans le Coran où il est canonisé

Rupture ouverte avec Byzance : l’Etat arabe peut maintenant vivre indépendamment

Du monothéisme à l’islam

Il faut 150 ans depuis le monothéisme indéterminé de Mu’awiyah aux textes du début du 3e siècle après l’Hégire (297)

[1] Le quatrième calife : Marwan, sera le fondateur de la dynastie Omeyyade-Marwanide. Cette dernière qui s’éteindra en Orient (750), renaîtra en Andalousie. Le calife Abdel Malik ibn Marwan , cinquième calife omeyyade et deuxième calife marwanide, réprima la révolte des Alides

[2] Muhammad bn al-Hanafiyyah est un fils d’`Alî et de al-Hanafîya une de ses épouses. Il est né en 637.

Après la mort de son demi-frère Husayn à la bataille de Kerbala en 680, certains de ses partisans sous la conduite d’al-Muktâr le proclamèrent imam. Il est mort en 700.

Il participa aux révoltes anti-omeyyades de 685 à Koufa. Après que cette révolte ait été réprimée il choisit de lancer un mouvement de plus grande envergure avec le soutien d’al-Muktâr. Ce dernier avait menés des campagnes avec les kharijites et venait de prendre Koufa quand il rencontra Muhammad ibn al-Hanafiya. Al-Muktâr proclama que Muhammad ibn al-Hanafiya était un imam.

Muhammad ibn al-Hanafiya restait en retrait de ces agitations, il alla en pèlerinage à La Mecque, mais il fut retenu prisonnier près du puits Zamzam pour avoir refusé de prêter serment d’allégeance à `Abdallah ibn Zobayr qui voulait prétendre au titre de calife. C’est alors que Muhammad ibn al-Hanafiya appela à son secours al-Muktâr qui de son côté se trouva ravi qu’on ait besoin de lui. Al-Muktâr partit de Koufa avec 1 000 hommes. La prise de la Mecque fut facile et Muhammad ibn al-Hanafiya fut délivré (686).

Ensuite Muhammad ibn al-Hanafiya se retira à Médine où il ne s’occupa que de la pratique de la religion. Al-Muktâr rentré à Koufa subit une défaite, il fut pris et tué (687). En 688 Muhammad ibn al-Hanafiya se rendit à Damas pour prêter serment au nouveau calife `Abd al-Malik, il retourna à Médine pour y mourir en 700. Certains de ses partisans appelés les kaysanites en firent le mahdî, dirent qu’il n’était pas mort mais occulté. C’était la première fois que ce concept apparaissait, il fut repris plusieurs fois dans la suite de l’histoire du chiisme.

Ceux de ses sectateurs qui n’ont pas accepté cette idée se rallièrent à son fils Abû Hâchim ben Muhammad. Ce dernier légua ses droits à un prince abbasside Muhammad ibn `Alî. Plus tard ces kaysanites participèrent activement à la révolution abbasside qui reversa les omeyyades en 750.


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