L’Observatoire des religions

Jean-Baptiste Patrick

jeudi 7 juin 2007

écrivain

Trouvez-vous que les questions religieuses occupent une place suffisante dans la campagne présidentielle française ? Puisqu’elles ne sont pas du ressort de l’Etat républicain, elles n’auraient de toute manière qu’une place anecdotique dans le débat public. Mais de fait, la principale problématique évoquée jusqu’à présent concerne l’Islam, en mauvaise part, puisque sa question est implicitement liée aux problèmes de sûreté de l’Etat. En dehors de ce cas particulier, le discours politique sur les religions est souvent, avouons-le, banal et indigent… en un mot : inutile.

Qu’attendez-vous du prochain Président de la République française en matière religieuse (budget des cultes, enseignement, presse, législation en matière notamment de mariage, d’avortement, d’euthanasie, de procréation ? Et en matière de sectes ?

1) Qu’il nationalise les lieux de culte qui ne le sont pas encore et s’assure que les religions ne sortent pas des limites du droit d’association.

2) Qu’il les taxe correctement.

Trouvez-vous que le traitement des religions en France a été équitable au cours du dernier quinquennat ?

Tout dépend de ce que l’on entend par « équitable ». Financer la construction de mosquées avec l’argent public au prétexte que l’Islam est la seconde religion de France est néanmoins souhaitable, car les laisser se bâtir avec les dollars des pétromonarchies serait une autre solution, dangereuse. Ces mosquées publiques seraient louées à leur juste valeur locative par les associations musulmanes en guise de dédommagement à la Nation. Par souci d’équité, il devrait en être ainsi avec tous les autres lieux de culte… En dehors de cet aspect immobilier, la question religieuse ne devrait pas relever du « politique », mais du fisc et de la DST.

Que pensez-vous de la notion « Islam de France » mise en circulation par le Ministre français de l’Intérieur ? Voudriez-vous d’un christianisme de France, d’un judaïsme de France, etc… ?

Une formule à bien définir puisque toutes les religions sont importées et à différents stades d’assimilation. Les monothéismes ont parfois fait l’objet de réformes locales. Cependant, attendre de l’Islam (et du quel ?) qu’il opère une réforme « théologico-légale » à la manière du protestantisme ou du « judaïsme de consistoire » est, au mieux, d’une grande naïveté : son discours essentiel n’est évidemment pas « soluble dans la république » pas plus, d’ailleurs, que le catholique qui est opposé à l’avortement par exemple. Heureusement, l’Islam est une religion récente dans ce pays. La question qui se pose est alors : Comme les Imams n’ont pas et n’auront jamais le rôle sociopolitique que les curés ont eu avant les lois de séparation, franchement, pourquoi le leur offrir ?

Comment situez-vous la France par rapport à ses voisins européens sur ces questions ?

La France est le pays le plus avancé au monde en la matière depuis la disparition des régimes communistes (Cuba s’étant ridiculisée en invitant le pape). Elle est un exemple pour tous les autres pays européens à condition de garder le cap laïc.

Autres remarques ? Le XXIe siècle n’est pas plus religieux que les autres. C’est la crise nihiliste de l’Occident et du monde arabe qui précipite l’ascension des sectarismes les plus barbares. En l’occurrence, notre laïcité est en train de se vider de sa substance tout autant que l’Islam. Mieux vaut en être conscient pour affronter l’avenir.


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