L’Observatoire des religions
Adam et Eve dans la tradition juive

L’impératif érotique

mardi 19 juin 2007

Eve avant la chute s’appelle, en hébreu, Icha (femme), féminin de Iych (homme). Dans beaucoup d’autres langues, les mots désignant l’homme et la femme ont des racines totalement différentes comme si les deux sexes n’appartenaient pas à la même espèce : anthropos/gyné ; homo/mulier ; hombre/mujer ; homme /femme ; man/woman ; mann/frau . Déclinant le même radical, l’hébreu inscrit dans la langue l’égalité entre l’homme et la femme, l’équidistance des deux sexes à leur racine commune.
Eve avant la chute s’appelle, en hébreu, Icha (femme), féminin de Iych (homme). Dans beaucoup d’autres langues, les mots désignant l’homme et la femme ont des racines totalement différentes comme si les deux sexes n’appartenaient pas à la même espèce : anthropos/gyné ; homo/mulier ; hombre/mujer ; homme /femme ; man/woman ; mann/frau . Déclinant le même radical, l’hébreu inscrit dans la langue l’égalité entre l’homme et la femme, l’équidistance des deux sexes à leur racine commune.
« Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu, il le créa, homme et femme il le créa » [1]. Au départ une seule chair, et à l’arrivée « ils deviennent une seule chair » [2]. A ce stade, c’est-à-dire avant le péché originel, il y a bien un rapport sexuel. Et même beaucoup mieux qu’un « rapport ». En effet, la différence entre Iych et Icha vient de ce que le premier possède la lettre Yod et le second la lettre Hé. Accolées, ces deux lettres forment le mot Yah, qui est l’un des noms de Dieu. Le « rapport » opère une fusion de nature divine. Dieu a distingué l’homme et la femme pour mieux les réunir.
Heureux temps d’avant le péché. L’interdiction de manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal ne vient qu’après l’ordre de jouir de tous les arbres du Jardin d’Eden. Selon le rabbin Eisenberg, la tradition ne lit pas : « Tu peux manger de tous les arbres du jardin », mais bien « De tout arbre tu dois manger » [3] Cette scène se déroule non pas dans l’Eden, mais dans le Jardin d’Eden, et ce jardin que l’humanité a connue à l’aube de tous les temps, elle le connaîtra encore dans les « temps messianiques », lorsque « les problèmes économique, sociaux, et politiques [seront] résolus » [4]. Le paradis dont nous parle la Bible serait non pas le lieu dont nous sommes issus, mais « celui auquel nous sommes promis » [5]. Et que nous promettent ces temps messianiques ? « Un retour à la véritable vocation de l’homme », nous dit encore le rabbin Eisenberg, « un terme à cette déviation de ses facultés créatrices qu’a engendrée la loi de la jungle » [6]. L’Eden serait tout autre chose : « le temps futur où les problèmes spirituels sont résolus » [7]. La Bible n’en dit pas un mot. Le Talmud déconseille même de s’y intéresser, puisque de toutes façons on n’en peut rien savoir. Au reste, « le bonheur personnel n’est pas affaire d’enseignement collectif ; il n’est pas affaire d’Etat. » [8]. Les prophètes – grâces leur soient rendues – ne se sont pas préoccupés de spiritualité. Ils n’ont pu « enseigner et organiser que les conditions du bonheur général qui se traduit en termes de justice et d’égalité [...] ; ils n’ont jamais réfléchi qu’au bonheur social, politique, économique » [9]. Comment ne pas penser ici à un prophétie des temps modernes ? Le prolétariat c’est le peuple élu ; la Révélation dont ce peuple est acteur en ce monde, c’est la Révolution ; la lutte des classes est sa traversée du désert en direction du communisme, cette Terre promise qu’en prophète avisé Marx ne décrit pas avec trop de précision et que comme Moïse il ne connaîtra pas de son vivant. Le Capital – son œuvre maîtresse – c’est la Bible, le livre que des générations de croyants dans le « socialisme scientifique » sont appelées à lire et à relire, à interpréter et à réinterpréter indéfiniment à l’instar de la Thora. Comme on le sait, Marx était anti-sémite et souvent le socialisme qu’il a engendré a été lui aussi antisémite peut-être parce que ce messianisme-là venait se substituer à celui de la Loi et des Prophètes.
La révolution n’est qu’une option. Quelque trois mille ans avant Marx, si l’on en croit la Bible, un homme s’est levé parmi le peuple élu et au lieu de renverser le pouvoir qui oppressait le prolétariat de l’époque, il s’est mis à son service. Dans l’Egypte du pharaon, ce Joseph, « symbole du messianisme social » [10], que fait-il, en effet ? « Il se hausse dans la hiérarchie politique des nations, distribue le blé selon un plan réfléchi et le ramasse également selon un ordre précis et prévoyant [11]. Lorsqu’il interprète le songe du pharaon, Joseph est le premier « économiste » à faire la théorie du cycle conjoncturel – les vaches maigres succédant aux vaches grasses. De cette manière « il résout la crise économique de l’Egypte et sauve par là même les peuples méditerranéens qui se déversaient en Egypte pour prendre son blé » [12]. Cette « première dimension socio- économique du messianisme juif », souligne le rabbin Eisenberg, « implique un changement de société, la solution des conflits politique et sociaux, l’avènement d’un monde où les problèmes matériels fondamentaux sont résolus » [13].
Il y aurait donc deux versions de ce messianisme-là : le marxiste et le social-démocrate. Le contraire de la planification, c’est-à-dire le capitalisme, l’économie de marché, ne serait donc pas au programme de la Genèse ! Intéressant.

[1] Genèse 1, 27

[2] Genèse 2, 24

[3] Josy Eisenberg, Armand Abécassis, A Bible ouverte, tome 2, Et Dieu créa Eve, Albin Michel, 1978, p. 90

[4] Eissenberg, Abécassis op. cit. p.33

[5] Id. p. 56

[6] Id. p. 32

[7] Id. p. 33

[8] Id. p. 33

[9] Id. p. 110

[10] Eisenberg

[11] Eisenberg, Abécassis op. cit. t 1, p. 117

[12] Id. op. cit. p. 117

[13] Id. op. cit. p. 117


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