L’Observatoire des religions
Un aspect méconnu du prédécesseur de Benoit XVI

La « théologie du corps" de Jean-Paul II

Sa Sainteté le Sexe

mardi 19 juin 2007

Il y a dans la Bible un avant et un après la chute. Le sexe n’est péché qu’après. Avant, il est d’origine divine. C’est ce qui ressort d’une lecture juive de la Bible, reprise par le pape Jean-Paul II
Adam non est seductus mulier autem seducta …comme dit saint Paul. Eve a été séduite par le Serpent, symbole du sexe, que dis-je symbole, incarnation du sexe, sexe séduit par le sexe, et faisant chuter Adam et avec lui l’humanité entière.
Dieu maudit d’abord le serpent, puis la femme « Je multiplierai les peines de ta grossesse, dans la peine tu enfanteras des fils. Ta convoitise te poussera vers ton mari et lui dominera sur toi » [1].
Et enfin, il punit l’homme : « Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais interdit de manger, maudit soit le sol à cause de toi ! A force de peines, tu en tireras subsistance tous les jours de ta vie. Il produira pour toi épines et chardons et tu mangeras l’herbe des champs. A la sueur de ton visage tu mangeras ton pain jusqu’à ce que tu retournes au sol, puisque tu en fus tiré. Car tu es glaise et tu retourneras à la glaise » [2]
Maintenant, hors du jardin d’Eden, découvrons la rareté, la lutte contre la rareté, l’économie, le calcul des coûts et des avantages, la comparaison du passif et de l’actif. Car le pain ne peut se manger sans sueur au front. Faut-il suer un peu plus pour avoir un peu plus de pain, dégager ces ronces et ces épines pour avoir davantage d’herbes ? A chaque instant, pour chaque parcelle, la damnation se concrétise en coût croissant, en rendement décroissant, en pénibilité croissante, en satisfaction décroissante.
Puisque Eve est condamnée la première, parlons d’abord d’elle.
Eve avant la chute s’appelle, en hébreu, Icha (femme), féminin de Iych (homme). Dans beaucoup d’autres langues, les mots désignant l’homme et la femme ont des racines totalement différentes comme si les deux sexes n’appartenaient pas à la même espèce : anthropos/gyné ; homo/mulier ; hombre/mujer ; homme /femme ; man/woman ; mann/frau . Décidant le même radical, l’hébreu inscrit dans la langue l’égalité entre l’homme et la femme, l’équidistance des deux sexes à leur racine commune.
« Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu, il le créa, homme et femme il le créa » [3]. Au départ une seule chair, et à l’arrivée « une seule chair » [4]. A ce stade, c’est-à-dire avant le péché originel, il y a bien un rapport sexuel. Et même beaucoup mieux qu’un « rapport ». En effet, la différence entre Iych et Icha vient de ce que le premier possède la lettre Yod et le second la lettre Hé. Accolées, ces deux lettres forment le mot Yah, qui est l’un des noms de Dieu. Le « rapport » opère une fusion de nature divine. Dieu a distingué l’homme et la femme pour mieux les réunir.
Comment ne pas évoquer ici le mythe platonicien ? Mais aussi pour marquer la différence biblique : les éléments, séparés par la divinité grecque et à la recherche perdue de l’autre moitié, peuvent être du même sexe. Dans la Bible, la fusion n’est possible, n’est divine qu’hétérosexuelle. D’emblée l’amour du même sexe est banni. Le qualificatif d’abomination » viendra plus tard (dans le Lévitique), ma il est implicite dans la Genèse.

[1] Genèse 3, 16

[2] Genèse 3, 17, 18

[3] Genèse 1, 27

[4] Genèse 2, 24


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