L’Observatoire des religions
Un grand classique de Maxime Rodinson,

Islam et capitalisme

Editions du Seuil, 1966

mardi 3 juillet 2007

Notes de lecture. Les chiffres entre parenthèses renvoient à la pagination du livre
Les chrétiens sont invités à ne pas être extravagants, à « ne pas exagérer », à ne pas dépasser la juste mesure, les opinions raisonnables Coran 4, 171 ; 5, 77
Mahomet n’est pas loin de considérer la mécréance comme une infirmité de l’esprit humain (Lammens)
Dieu : « nous exposons intelligemment nos signes c’est-à-dire nos révélations à un peuple capable de raisonner » Coran 30, 27. Tout ce qu’Allah peut faire, étant donné le libre arbitre humain, c’est de mettre en place ces signes, ces indices décisifs, pour peu qu’on fasse fonctionner ses sens et sa faculté de raisonner.
La compréhension intellectuelle de la vérité ne suffit d’ailleurs pas. Par exemple les juifs de Médine comprenaient fort bien la Prédication, mais ensuite ils la faussaient sciemment 2, 70/75. Il faut encore passer de la raison pure à la raison pratique (95)
Charles Torrey : « les relations réciproques entre Dieu et l’homme sont d’une nature strictement commerciale. Allah est le marchand idéal. Il inclut l’univers entier dans ses relevés de compte. Il a institué le livre de comptes et les balances et il s’est posé en modèle pour les affaires honnêtes…Il est difficile d’imaginer une somme de théologie plus purement mathématique. (96).
Si le Coran raisonne pour appuyer la Révélation, c’est qu’il estime que celle-ci consiste en propositions raisonnables, accessibles à la raison humaine ou qui du moins ne s’y opposent pas.
En regard l’Ancien Testament insiste beaucoup plus sur le caractère mystérieux et inaccessible des desseins divins. Certes Yahvé donne des signes….Mais ce à quoi il fait appel pour entraîner la conviction et la décision de l’homme c’est, de façon complémentaire, à la crainte de Dieu et à la confiance en Dieu, à la foi.
Il reste que dans le Nouveau Testament et au moins dans tout un courant qui traverse l’Ancien Testament , le raisonnement humain est regardé comme radicalement inadéquat à l’approche de la vérité profonde du monde. (102) Tertullien : « On doit croire cela (la mort et la résurrection du Fils de Dieu) car cela est absurde ; … le fait est certain parce que il est impossible » De carne Christi, 5 (103)
En regard, le rationalisme coranique paraît un roc [...] I se place dans le cadre de l’attitude d’esprit de la Mecque. Les marchands qorayshite étaient aussi des rationalistes. Mais adeptes d’un rationalisme naïf, terre à terre, sans prestige. (104). Dans cette espèce d’humanisme tribal (Watt), l’homme prenait l’exacte mesure de ses forces et de ses impuissances.
Mahomet plaçait en regard le prestige de la Révélation monothéiste, pour lui raisonnable, rationnelle, inattaquable, jouissant en outre de sa liaison avec les grands Etats civilisés.
Le conflit latent à l’intérieur de la problématique judéo- chrétienne qu’il adoptait lui échappait complètement. D’ailleurs l’intellectualisme de la pensée chrétienne de l’Eglise syrienne, la plus proche de lui, comme sans doute celui du judaïsme avec lequel il était en contact estompaient la latence même de ce conflit. Nul ne dressait plus contre l’Eglise triomphante, contre la Synagogue vaincue, mais intellectuellement puissante, le drapeau de l’aristotélisme pur que les siècles suivants verraient ressurgir. Toutes deux avaient assimilé ce qu’elles pouvaient absorber de rationalisme et s’en servaient pour se présenter non seulement en dépositaires du message divin, mais aussi en représentantes de la Raison et de la Science. (105)
Prédestination ? L’aide divine est promise, elle est un facteur essentiel de la victoire, mais elle en dispense nullement de la lutte humaine avec des moyens humains (107)
Biblio : Louis Massignon L’influence de l’islam au Moyen Age sur la fondation et l’essor des banques juives Bulletin d’études orientales, 1, 1931, et Opera Minora, T 1 Beyrouth 1963 Lammens, La Mecque à la veuille de l’hégire , Beyrouth, 1924 Moubarac Y, Abraham dans le Coran, Vrin, 1958 Destanne de Bernis, Islam et développement économique, Cahiers de l’ISEA, n° 106, octobre 1960 Austruy, Vocation économique de l’islam

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