L’Observatoire des religions

L’Europe et la reconnaissance des valeurs de la liberté économique. Introduction

jeudi 5 juillet 2007 par François Facchini

RESUME : Cet article soutient que l’invention du capitalisme et la généralisation du marché sont nés en Europe parce que le territoire européen était fragmenté et favorable au polycentrisme et à la concurrence institutionnelle, mais aussi parce que l’Europe avait été unifié entre V° et X° siècle par la religion chrétienne qui portait un rapport au monde favorable à la reconnaissance de l’éthique de la liberté qui est ici pensée comme la condition idéologique nécessaire au développement économique d’une nation.
ABSTRACT : This article supports, on the one hand, that the invention of capitalism and the generalization of the market were born in Europe because the European territory was fragmented and good for polycentrism. The invention of market illustrates the theory of institutional competition. It argues, on other hand, that the geography and the European polycentrism do not explain all. Europe also discovered the good institutions for the development because it was unified between V° and X° century by the Christian religion. This religion was good to the recognition of the freedom ethics which is the cultural condition to the identification of the market institution.

Pour expliquer l’avènement de cette croyance et de sa tradition institutionnelle nous mobilisons parmi les théories existantes deux d’autres elles. La première est l’hypothèse d’Emmanuel Kant (1784), dans Idea of a Universal History from a Cosmopolitan Point of View, selon laquelle la concurrence entre les organisations politiques et légales a été une condition primordiale de l’innovation et de la croissance de l’Europe mais aussi de nombreux pays dans le monde à des périodes de l’histoire différentes (Bernholz, Streit et Vaubel 1998).

Cette explication par la concurrence politique est reprise par le biologiste Jared Diamond (1997) qui l’adosse à une théorie par les facteurs géographiques. Une importante littérature [1] tend, en effet, à soutenir que l’histoire de l’Europe est intimement liée à l’absence d’Empire et à la concurrence entre les Etats. L’Europe a évité les systèmes politiques centralisés institués dans les Empires de Chine, d’Inde, et du Moyen Orient en terre d’Islam. Cela lui a permis d’expérimenter des formes institutionnelles variés et adaptées à sa culture.
L’apport de Diamond est d’expliquer la concurrence politique par la géographie de l’Europe qui la prédestine à un système décentralisé, fragmenté en petites villes - Etats, avec une grande diversité culturelle et des nombreuses langues. La première section de ce chapitre rend compte des faits et des théories qui conduisent à soutenir que les systèmes politiques décentralisés et la concurrence entre les Etats en Europe a permis la reconnaissance des libertés individuels et des libertés économiques en particulier. La théorie de la concurrence institutionnelle propose ainsi à la fois une théorie du développement et du déclin économique.

La seconde explication met plus l’accent sur les croyances des agents. Fidèle aux travaux de D.C. North (1994, 1998) il s’agit de tenir dans un même raisonnement les changements de la structure institutionnelle et des croyances ou idéologies qui guident les choix et les actions humaines. L’histoire de la liberté en Europe n’est pas alors seulement le résultat d’une réaction à un environnement géographique ou institutionnelle, c’est aussi l’histoire d’une croyance portée par des grands hommes qui par conviction vont porter leur message et le mettre en œuvre.
La découverte de la liberté et des conditions institutionnelles de son respect s’explique par la transformation et l’adaptation d’une manière chrétienne de voir le monde et la coïncidence d’évènements qui vont permettre à l’Europe de découvrir ce type d’institution. Le capitalisme est comme l’a soutenu Hayek le résultat des actions humains, mais pas de leurs intentions.
Il est important cependant de rappeler qu’il n’est pas le résultat de n’importe quelles actions humaines. Il est aussi le fruit de novations intellectuelles. C’est parce qu’il y a eu contagion, ensuite, que leurs innovations morales ce sont stabilisées.
Ce sont donc bien les hommes qui font l’histoire parce qu’ils croient qu’ils peuvent le rendre meilleur, autrement dit plus en phase avec ce qu’ils estiment être bien. La deuxième section de ce chapitre explique ainsi l’identification des institutions du capitalisme en Europe comme un effet non intentionnel des croyances chrétiennes. L’Europe invente les institutions qui permettent la reconnaissance des libertés individuelles parce qu’elle se construit sur une base religieuse, la chrétienté, qui se construit à côté du pouvoir politique et non avec lui.

Mots clés : liberté civile, religion, développement et institution

Keywords : civil freedom, religion, development and institution

[1] Raico (1994) pour un résumé de cette littérature.


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