L’Observatoire des religions
Selon Bernard Lewis

Les chrétiens ont inoculé le virus de l’antisémitisme aux musulmans

dimanche 11 novembre 2007

Ce sont les chrétiens qui ont inoculé le virus de l’antisémitisme aux musulmans. Ce point de vue est développé par le grand islamologue Bernard Lewis, en particulier dans deux de ses livres : Sémites et antisémites, et Juifs en terre d’islam. L’argument du célèbre professeur de Princeton peut se résumer ainsi : pendant des siècles, les musulmans n’ont manifesté que du mépris pour les juifs. Les premières manifestations d’antisémitisme proprement dit se sont produites dans la deuxième moitié du 19e siècle, sous l’influence chrétienne.
Durant la quasi-totalité de son histoire le principal ennemi extérieur de l’islam fut la chrétienté [...]. On ne pouvait jamais écarter l’éventualité dune fraternisation entre les dhimmi chrétiens et l’ennemi extérieur [...]. En revanche, le loyalisme des juifs n’était pas sujet à caution et dans certaines circonstances on préférait nommer un juif plutôt qu’un chrétien à un poste de confiance. 79
Les dhimmi étaient des citoyens de seconde zone 80
Il vaut mieux jouir de quelques droits que d’en être totalement dépourvu.
En islam tel est le statut que durant des siècles les chrétiens acceptèrent avec résignation et les juifs avec gratitude.
Renversement du rapport de forces entre islam et chrétienté au cours des 18e et 19e siècles 81
Les dhimmi s’éloignèrent encore davantage de leurs compatriotes musulmans tout en s’identifiant de plus en plus avec l’Europe [...]. Cette période de modernisation a considérablement renforcé la position des non musulmans sur certains plans et l’a sérieusement aggravé sur certains autres.
Sur le plan matériel, la réussite des dhimmi a été grande [...]. Par exemple dans la finance. Un document de 1912 recense 40 banquiers privés à Istanbul : aucun Turc musulman n’y figure. Parmi ceux que leur nom permet d’identifier, on relève douze Grecs, douze Arméniens, huit juifs et cinq Levantins ou Européens. Une liste de 34 agents de change à Istanbul comprend 18 Grecs, 6 juifs, 5 Arméniens mais pas un seul Turc. 82
Peu de temps après la conquête de l’Arménie par les Russes, des Arméniens furent recrutes dans l’armée tsariste et envoyés le long de la frontière turque, ce qui constituait un défi non seulement aux Turcs, mais aussi aux Arméniens de l’Empire ottoman. De même Bonaparte en Egypte eut recours aux Coptes 83
1856 : décret d’émancipation. La capitation fut formellement abolie et les non musulmans furent assujettis au service militaire obligatoire 84
Les chiffres de ces notes de lectures renvoient à la pagination des deux livres : Sémites et antisémites, traduit de l’anglais par Jacqueline Carnaud et Jacqueline Lahana, Fayard, 1987, et Juifs en terre d’islam, traduit de l’anglais par Jacqueline Garaud, Flammarion, 1986

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