L’Observatoire des religions
Peut-il être juste de vouloir la guerre ?

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX

De jure pacis et belli

samedi 28 juillet 2007 par Hugo Grotius

Qu’il puisse exister des guerres justes, voilà une question dont il n’est pas besoin de souligner l’actualité. Or c’est exactement ce que se demande Hugo Grotius dans son célèbre De jure pacis et belli. Dès les premières pages de cet ouvrage fondateur du droit international, nous sommes invités « à rechercher d’abord s’il y a quelque guerre qui soit juste, et ensuite ce qu’il y a de juste dans la guerre ». Paru en 1625 et dédié à Louis XIII, « le plus éminent des Rois », le traité sera traduit du latin en français une première fois d’une manière assez libre et plutôt fallacieuse par J. de Barbeyrac en 1724. La version de Pradier-Fodéré, publiée en 1867, est plus fidèle. Mais elle était devenue introuvable. La voici rééditée aujourd’hui telle quelle. Un énorme volume de 868 pages. On regrettera l’absence de tout index, même si Grotius a l’art d’ouvrir chaque chapitre par un résumé succinct. Une préface introductive sur l’auteur aurait été elle aussi bienvenue. Mais on sait combien les temps sont durs pour les éditeurs de ce genre d’ouvrage.
Dans les deux traductions françaises du De jure, l’ordre du titre a été inversé, la guerre venant en premier, la paix en second. La cohabitation de la paix et du droit ne surprendra pas le vulgaire. Mais que la guerre puisse se soumettre au droit, voilà qui étonne peut-être plus encore aujourd’hui qu’au début du XVIIe siècle. D’où la notion de guerre juste. Mais qu’est-ce qui est juste ? « La nature ne peut distinguer ce qui est injuste de ce qui est juste », écrit Horace [1]. En tant que théoricien du droit naturel, Grotius s’inscrit évidemment en faux contre cette assertion du poète latin. Animal d’une nature supérieure, l’homme a besoin de vivre avec les êtres de son espèce dans un « état paisible organisé suivant les données de son intelligence ». Ce « soin de la vie sociale » est pour Grotius la source du droit proprement dit. Certes, il existe d’autres sources, telles la volonté de Dieu ou la volonté humaine, mais les droits positifs qui en sont issus ne peuvent entrer en contradiction avec le droit naturel, c’est-à-dire conforme à la nature humaine - droit immuable, commun à toutes les époques et à toutes les régions du monde.
Même les brigands, selon un paradoxe déjà mis en avant par Aristote, puis Chrysostome, recourent entre eux au droit pour partager leur butin. Il s’ensuit cette définition canonique : « Le droit naturel est une règle que nous suggère la droite raison, qui nous fait connaître qu’une action, suivant qu’elle est ou non conforme à la nature raisonnable, est entachée de difformité morale, ou qu’elle est moralement nécessaire. »
Notons tout de suite que, selon le droit naturel, à suivre Grotius, un père peut vendre son fils « du moment où il n’a pas d’autre moyen de le nourrir », que la femme est sous la garde de son mari, et que, s’il est permis à tout homme de se réduire en esclavage au profit de qui bon lui semble (« ainsi que cela ressort de la loi hébraïque », précise Grotius), on ne voit pas ce qui empêcherait un peuple d’en faire autant. Où l’on vérifie une fois encore que le jusnaturalisme sert à justifier tout ce que l’on veut.
LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX (De jure pacis et belli) de Hugo Grotius. Traduit du latin par P. Pradier-Fodéré, PUF, 868 p., 40,86 €.

[1] Horace, livre I, satire 3, vers 113


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