L’Observatoire des religions

Le sabbat et la guerre

lundi 3 septembre 2007 par Philippe Simonnot

Le respect du sabbat est-il oui ou non compatible avec une « défense nationale » ?
Le problème militaire du sabbat pose la question des conditions de possibilité d’un Etat pour un peuple–prêtre comme le peuple juif de l’Antiquité, ou une cité-temple, telle Jérusalem avant 70, vivant de dîmes et de dons, c’est-à-dire de contributions volontaires.
En bref le dilemme juif peut se résumer de la manière suivante : soit pour respecter la Loi vous ne combattez pas, et vous êtes vaincus ; soit vous combattez en violant la Loi, et vous serez vaincus car vous aurez mécontenté Dieu. En vérité, il s’agit d’un faux dilemme : dans les deux cas vous êtes perdants ! On conviendra qu’aucun Etat ne peut exister longtemps dans de telles conditions. Vidal-Naquet pose la question autrement : « Au point d’évolution qui était atteint par le judaïsme, un Etat juif guerrier pouvait-il demeurer un Etat juif ? » [1]
Les sources rabbiniques ont gardé trace de la question. « La Mishna, écrit Etienne Nodet, excellent connaisseur de ces sources, proscrit toute sortie en armes le sabbat [...] De même, le livre des Jubilés, qui est entièrement centré sur le sabbat, profère un interdit absolu : celui qui prend les armes le sabbat est passible de mort. [2] »
Ces pages sont extraites du prochain livre de Philippe Simonnot sur l’économie du monothéisme. A paraître chez Denoël. Les commentaires sont d’autant plus attendus que des corrections sont encore possibles.

[1] Vidal-Naquet (1977), p. 102. Dans le même ouvrage, il note : « Un Etat juif suppose que tout en lui soit juif » (p. 42). Il n’est pas nécessaire de souligner l’actualité brûlante de ces deux remarques de l’historien de l’Antiquité.

[2] Nodet, Etienne (2005), La crise maccabéenne, Historiographie juive et tradition Bibliques, Cerf, Paris, p. 363


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