L’Observatoire des religions

Paul, un autre Jésus ?

Jérome Murphy-O’Connor, Histoire de Paul de Tarse, Le voyageur du Christ, traduit de l’anglais par Dominique Barrios-Delgado, Cerf, 293 p.

samedi 30 juin 2007

Il n’y a pas si longtemps, avec le catéchisme était enseignée l’Histoire sainte, qui n’avait rien d’une histoire, parce qu’elle était sainte, et qui n’était pas sainte, parce qu’elle était une histoire. Jérome Murphy-O’Conor se risque à son tour dans l’aventure de cet oxymore. Comme il le dit lui-même d’entrée de jeu, il a voulu faire de l’apôtre Paul le "héros d’une histoire", une "personne vivante", violente parfois, un rhéteur redoutable et impétueux, capable d’erreurs stratégiques ou tactiques désastreuses, et non l’être désincarné produit par la critique de textes dont il est l’un des plus grands spécialistes. Le résultat étonnera, et sur certains points décevra.
Il y eut deux moments cruciaux où la question se posa : ce que l’on appelle parfois le "1er Concile de Jérusalem" ; et la vive dispute entre Paul et Pierre à Antioche.
Evidemment on attendait Mr. Murphy-O’Connor à ces deux tournants. Voici sa version.
Paul et son disciple Barnabé quittent Antioche pour se rendre à Jérusalem et régler le problème de la circoncision des convertis non juifs. Sur place, Paul se trouve face à Jacques, le frère de Jésus, devenu le leader de la communauté chrétienne après avoir supplanté Pierre. Paul, assure Mr. Murphy-O’Connor, avait toutes raisons de croire que Jacques était derrière les chrétiens de Jérusalem qui avaient jeté le trouble dans l’Eglise d’Antioche en affirmant que les candidats à la conversion devaient d’abord se faire juifs, et donc se circoncire. Pourtant Jacques accepte que les chrétiens soient dispensés de subir cette délicate et douloureuse opération. Pourquoi donc ? Pour des raisons politiques, nous dit l’historien : alors que la tension montait entre juifs et Romains, il était imprudent de circoncire les convertis païens, car cela reviendrait à les accepter publiquement comme juifs, alors que l’on ne pouvait compter qu’ils fussent prêts à se sacrifier pour le Temple et la Loi.
Deuxième événement crucial : de retour à Antioche, Paul découvre dans l’attitude même de Pierre, venu le visiter par "simple curiosité" selon l’historien, que l’épineux problème n’est pas réglé En effet, dans un premier temps, Pierre prend ses repas avec les païens. Puis, après l’arrivée de gens envoyés par Jacques, des "fauteurs de trouble", nous dit l’historien, il se dérobe et se tient à l’écart par crainte des circoncis ; et les autres Juifs entrent dans son jeu, de sorte que Barnabé lui-même est entraîné dans cette équivoque. Paul sermonne durement le peureux Pierre devant tout le monde.
Il n’empêche : la manœuvre des envoyés de Jacques a réussi qui visait à faire cesser toute commensalité et à tracer une frontière entre chrétiens venus du paganisme et chrétiens venus du judaïsme. Paul a perdu la bataille : la communauté chrétienne d’Antioche cesse d’être véritablement mixte. Du coup, Paul ne souhaite plus appartenir à l’Eglise d’Antioche qu’il quittera "complètement dégoûté". Perdant son "accréditation" et son statut d’apôtre légitime, il se sent complètement isolé. Dès lors, il se déclare envoyé par le Christ - ce qui laissait entendre que seul Jésus avait le droit de juger de l’authenticité de l’évangile de Paul. "C’est pourquoi, explique Mr. Murphy-O’Connor, Paul accepte la responsabilité d’être un autre Jésus pour ses convertis ; il est absolument seul dans tout le Nouveau Testament à présenter explicitement le ministre comme alter Christus" (les italiques sont dans le texte). Dès lors le fossé ne cessera de grandir entre ceux pour qui le Christ était au-dessus de tout et ceux pour qui il était subordonné à la Loi. Comment un schisme a-t-il pu être évité dans ces conditions, c’est ce que l’on ne comprend pas.

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