L’Observatoire des religions
Père, Fils et Saint Esprit

L’hérésie arienne

Trinité et messianisme

jeudi 21 juin 2007

Le Père, le Fils et le Saint-Esprit, autrement dit la Trinité, met au cœur de la foi chrétienne la question de la paternité du Père et de la filiation du Fils. Au-delà c’est le messianisme qui est en cause. Mais d’abord aussi nos propres identités.
L’enjeu est considérable. Il s’agit ni plus ni moins de savoir si le Fils a ou non été créé par le Père, et comment, et s’il est consubstantiel au Père, et si le Père et le Fils sont oui ou non de même nature. Voici donc un empereur qui dépense une fortune pour que l’on tire au clair le mystère de la nature du Christ, dans une réunion sous sa protection, mais hors de sa présence physique.
Rien n’est plus obscur qu’une querelle théologique et celle-là est particulièrement absconse. Les épithètes injurieuses que se lancent à la tête les pères de l’Eglise ne sont pas sans rappeler les insultes échangées par les petits-neveux de Marx dans leurs controverses doctrinales. Le jargon utilisé est tout aussi obscur
Ce branle bas est d’autant plus extraordinaire que l’Empereur a convoqué le ban et l’arrière ban de l’Eglise pour répondre à un petit curé du port d’Alexandrie, un certain Arius, d’origine libyenne.
Sept ans plus tôt, Arius avait commencé à s’opposer à son évêque, Alexandre d’Alexandrie, primat d’Egypte. Pour dire quoi ? Mais le bon sens, tout simplement. A savoir que le Fils a été créé par le Père, qu’il ne peut donc pas être de même nature que le Père (de même que la Création n’est pas de la même nature que le Créateur), que par conséquent il n’est pas Dieu véritable. C’est à peu près la même chose que le calife Abd al-Malik écrira en lettres arabes sur l’intérieur de la coupole du Dôme du Rocher quatre siècles plus tard à Jérusalem (voir par ailleurs dans la rubrique Islam.
N’est-ce pas logique ? Si le Fils est le fils, pourrait-il ne pas avoir été créé par le Père, si le Père est le père ? Dire le contraire, prétendre que le Père et le Fils sont de même nature et également Dieu, c’est aller à l’encontre du sens commun.
Bien évidemment, derrière cette querelle, on peut trouver des questions d’ambition personnelle. Par rapports à Alexandre d’Alexandrie, Arius, d’après ce que l’on sait de lui, était au moins aussi doué et intelligent que l’était Troski par rapport à Staline – pour reprendre le parallèle douteux repris par Paul Veyne [1]. Et il n’est pas impossible que le petit curé libyen ait jalousé celui qu’on lui avait préféré comme primat d’Egypte, un poste important et que cette jalousie ait été pour quelque chose dans ses positions doctrinales [2]. Mais les querelles de personnes ne débouchent par sur des schismes si elles ne sont que des rivalités d’ambitions, si elles ne touchent pas à l’essentiel. Le véritable audacieux le sait bien d’ailleurs, qui frappe juste au bon endroit de l’enclume en sorte de faire entendre toutes les harmoniques d’un seul coup de son marteau hérétique.
Arius n’a pas manqué son coup. Il s’appuie sur le sens commun, on vient de le voir, mais aussi sur les Ecritures. Le Christ n’a-t-il pas dit lui-même : « Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais au Père, car le Père est plus grand que moi [3]. N’a-t-il pas confié : « Il faut que le monde sache que j’aime le Père et que je fais ce que le Père m’a prescrit » [4] ? N’a-t-il pas avoué : « Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même, et c’est le Père demeurant en moi qui accomplit ses œuvres » [5] ?
A un verset on peut certes toujours opposer un autre verset. Et les ennemis d’Arius n’y manquent pas. Par exemple, le Christ a dit deux fois de suite : « Je suis dans le Père et le Père est en moi » [6]. Il a même précisé : « Le Père et moi, nous sommes un » [7].
Alors ?

[1] op. cit.

[2] Ce que laisse entendre Théodoret dans son Histoire ecclésiastique

[3] Jean 14, 28

[4] Jean 14, 31

[5] Jean 14, 10

[6] Jean 14, 10-11 ; 10, 38

[7] Jean 10, 30


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