L’Observatoire des religions
Père, Fils et Saint Esprit

L’hérésie arienne

Trinité et messianisme

jeudi 21 juin 2007

Le Père, le Fils et le Saint-Esprit, autrement dit la Trinité, met au cœur de la foi chrétienne la question de la paternité du Père et de la filiation du Fils. Au-delà c’est le messianisme qui est en cause. Mais d’abord aussi nos propres identités.
Cette fois l’Empereur doit intervenir. Toutes les provinces orientales sont enflammées par une hérésie, d’autant plus dangereuse qu’elle peut être utilisée à des fins politiques contre l’autorité impériale. Et notamment dans la plus importante de ces provinces du point de vue économique, l’Egypte, encore et toujours grenier à blé de l’empire. Constantin convoque donc à Nicée l’assemblée extraordinaire que l’on sait non sans avoir tenté une ultime tentative de conciliation entre Alexandre et Arius. Le concile condamne Arius et sa doctrine, et ainsi sont couchées sur le papier, dans ce que les théologiens appelle le « Symbole de Nicée », ces formules si étranges que les chrétiens, depuis, répètent dans leur credo, qui font de Jésus Christ « le Fils de Dieu engendré unique du Père, c’est-à-dire de la substance du Père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré non pas créé, consubstantiel au Père ». Genitum, non factum, consubstantialem patri.
Constantin aurait pu capter l’arianisme à son profit. En effet, il succède à Dioclétien qui a fait de l’empereur un personnage sacré sur le mode oriental, une sorte de dieu vivant devant lequel on se prosterne selon un rituel emprunté aux cours levantines. Les ariens, du reste, ne manquent pas d’exploiter cette sacralisation pour répandre leur doctrine. « Puisque l’empire [romain] était le reflet de l’Empire céleste gouverné par le Roi éternel, Dieu le père en personne, les chrétiens, prétendaient-ils, en reconnaissant au Fils la nature divine, mettaient en péril la monarchie terrestre, image de la monarchie céleste, qui ne devait être gouvernée que par un seul empereur représentant de Dieu sur la terre » [1]. Constantin a donc beaucoup de raisons de céder à la tentation arienne de la théocratie et en s’appuyant sur elle, de mettre définitivement un terme à la distinction entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel qui à l’époque était à peine esquissée. Bien au contraire, il fait couler cette distinction dans le « béton » du Symbole de Nicée, distinction sur laquelle l’Occident va fonder au cours des siècles et sa politique et son économie et son économie politique.
Sans cette pierre d’attente posée avec tant de solennité à Nicée, l’empire aurait été envahi par le nouvel avatar du messianisme et il n’est pas interdit de penser que l’essentiel du message politique chrétien n’aurait pas été transmis aux générations suivantes. A vrai dire, l’arianisme était beaucoup plus près de réussir qu’on pourrait le penser, comme le montre la suite de cette histoire.

[1] Francis Dvornik, op. cit. p. 2


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