L’Observatoire des religions
Père, Fils et Saint Esprit

L’hérésie arienne

Trinité et messianisme

jeudi 21 juin 2007

Le Père, le Fils et le Saint-Esprit, autrement dit la Trinité, met au cœur de la foi chrétienne la question de la paternité du Père et de la filiation du Fils. Au-delà c’est le messianisme qui est en cause. Mais d’abord aussi nos propres identités.
Après avoir fait preuve d’une sagesse étonnante, puisqu’il renonce à sa propre béatification, Constantin commet une folie qui nous intéresse au plus haut point. Il transfère sa résidence à Byzance, rebaptisée à l’occasion Constantinople (littéralement la ville de Constantin). La vieille cité grecque, fondée au 7e siècle avant J. -C., juchée sur une presqu’île entre la Corne d’Or et la Mer de Marmara [1], devient d’un seul coup le nouveau centre de gravité de l’Occident. En principe, l’empire romain doit rester bicéphale, mais l’égalité entre Rome et Constantinople ne résiste pas longtemps à la réalité des forces en présence.
Ce déplacement vers l’Orient de la capitale impériale, qui va avoir d’immenses conséquences, se fait en grande pompe, comme si l’histoire voulait signaler à noter attention cette glorieuse folie collective. Les travaux dureront une douzaine d’années (324-336). Quarante mille Goths sont employés comme terrassiers. La « deuxième Rome » doit ressembler le plus fidèlement possible à la première, abandonnée de facto à sa décadence et aux appétits des hordes barbares. Constantinople aurait donc comme Rome sept collines, et un forum et un capitole, et un sénat. Comme à Rome, des distributions gratuites de blé seraient faites au peuple. Des palais tout neufs seraient offerts aux patriciens romains pour qu’ils acceptent de venir s’installer dans la nouvelle capitale. Dépassant Athènes, emporté par un puissant mouvement de balancier, l’Occident va à la rencontre de l’Orient, aux portes de l’Asie, à coup de subventions.
Folie vraiment ? Pour la plupart des historiens, le transfert de la capitale impériale dans la vieille Byzance a été de la part de Constantin une preuve de génie, et pas seulement de génie civil. Rome, à les entendre, déjà rendue vulnérable par la menace de plus en plus pressante des germains, déjà supplantée par Milan à l’économie florissante, Rome est en outre trop éloignée des théâtres d’opérations où selon ces mêmes historiens, se joue contre les Goths et les Perses le salut de l’Empire.
Ne peut-on prétendre tout aussi bien qu’en fondant Constantinople, Constantin en fait précipite la chute de Rome. [2], consacrant du même coup la victoire sur la latinité d’un hellénisme orientalisé, sacrifiant à terme la partie occidentale de l’empire pour mieux préserver ses provinces levantines ? Même rebaptisée, Byzance est trop proche de l’Orient pour résister longtemps à ses influences. A l’abri de la formidable forteresse, la « boîte noire » de l’Occident ne sera prise par l’islam que mille ans plus tard, en 1453, performance remarquable, mais le dépôt sur lequel Mahomet II mettra la main est depuis longtemps éventé.

[1] Expression pléonastique puisque « Marmara » signifie la mer

[2] Rome sera prise en 410 une première fois par les Wisigoths d’Alaric, entretemps convertis massivement à l’arianisme


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