L’Observatoire des religions
La revue Sociétal, dans sa livraison pour le troisième trimestre 2007, publie un article de Philippe Simonnot sur l’économie de la religion

La « part bénite »

samedi 23 juin 2007

Les relations entre l’économie et la religion sont tout à fait intéressantes à étudier, mais il est au moins aussi instructif, à notre avis, d’étudier l’économie proprement dite de la religion.
Nombreuses les sciences qui se sont attaquées depuis deux siècles à la religion : l’exégèse, la linguistique, l’histoire, l’anthropologie, l’ethnologie, la sociologie, l’archéologie, la psychologie et même la psychanalyse. Il serait temps que les disciples d’Adam Smith s’y mettent !
Deuxième caractéristique de la religion, bien explorée par les sociologues depuis Auguste Comte et Emile Durkheim, la religion est un bien qui relie les hommes les uns aux autres, comme son étymologie l’indique. Elle va donc bénéficier des effets de réseau (parfois appelés dans la littérature effets de club). A savoir que la valeur qu’un consommateur accorde à un bien dépend du nombre d’utilisateurs de ce bien. De même qu’une voie ferrée isolée ne peut fonctionner lorsqu’elle n’est pas connectée au réseau, de même ceux dont les ordinateurs ou les logiciels ne sont plus compatibles avec la majorité des autres utilisateurs voient leur investissement dévalorisé. Les plus forts sont encore renforcés et les plus faibles affaiblis. Comme l’on dit dans l’Evangile : à tout homme qui a, l’on donnera, et il sera dans la surabondance ; mais à celui qui n’a pas , même ce qu’il a lui sera retiré [1].
Les effets de réseau sont bien connus des industries du transport et des communications où la concurrence entre les entreprises se fait par l’extension des réseaux et où la valeur d’un réseau s’accroît considérablement s’il peut se connecter à d’autres réseaux. Dans ces domaines, le réseau a vocation à s’étendre à l’ensemble de la planète.
L’effet de réseau a même été mis en équation sous le nom de loi Metcalfe, du nom de son inventeur : la valeur d’un réseau augmente en raison du carré du nombre d’utilisateurs. Si par exemple la valeur d’un réseau pour chaque utilisateur est égale à 1 e, et qu’il y a 1 million d’utilisateurs, la valeur totale du réseau est de 1 million de e. S’il y a dix millions d’utilisateurs, la valeur totale dur réseau tend vers 100 millions de e, soit dix euros par tête. Et ainsi de suite. Cette loi qui, évidemment, n’a rien de scientifique, même si elle est observable sur certains segments de certains marchés d’information, n’en donne pas moins une image parlante de l’effet réseau.
L’économiste aura tôt fait de tracer ici un parallèle avec le « marché » des idées religieuses, et d’établir une « loi » du genre Metcalfe : une religion a d’autant plus de « valeur » pour le croyant qu’elle a de fidèles. L’effet de réseau renforce la crédibilité de la religion qui en bénéficie et vient suppléer en cas de besoin au manque d’ancienneté des nouvelles croyances.
Aussi bien, devra-t-on s’attendre de temps à autres à des expansions foudroyantes de nouvelles sectes, comme c’est le cas aujourd’hui en Amérique latine et en Afrique où les Evangélistes conquièrent chaque jour des « marchés »à une vitesse accélérée. Mais aussi ne sera-t-on pas surpris de constater ici aussi des tendances au cartel, voire au monopole, tant il est difficile pour les PME religieuses de se maintenir au milieu de ces géants.

[1] Matthieu 25 14-30


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