L’Observatoire des religions
Un livre de Yves Benot, La Découverte, 289 p.

La modernité de l’esclavage

Essai sur la servitude au cœur du capitalisme

samedi 30 juin 2007

Contrairement à ce qu’indique son titre, ce livre est une histoire économique de l’esclavage depuis la plus haute Antiquité, et l’on ne peut que féliciter Ybes Benot de s’être lancé dans cette aventure peu courue. C’est dire que le sous-titre de l’ouvrage correspond encore moins au contenu du livre, pour dire les choses de la manière la moins désagréable. Il pourrait s’agir d’un « essai sur la servitude au cœur du capitalisme » seulement si l’auteur faisait remonter le capitalisme à des temps très anciens, ce qui n’est certainement pas le cas. Peut-être faut-il imputer ce dol à la manie des éditeurs de « survendre » leur marchandise.

Sans le dire, Yves Benot reprend, en fait, la thèse d’Adam Smith pour qui l’esclave était moins rentable que le travailleur libre, mais que malgré tout certains maîtres y recouraient pour satisfaire leur « appétit de pouvoir », selon reprendre l’expression de l’auteur - cet appétit s’exerçant aussi sur le plan sexuel.
L’auteur est moins convaincant dans sa présentation de l’esclavage de l’époque moderne et de son abolition . Curieusement, il ne sert pas des travaux pourtant incontournables de Robert William Fogel [1] sur l’esclavage aux Etats-Unis, qui lui auraient été bien utiles pour illustrer son propos. Les oeuvres de l’historien américain, prix Nobel des Sciences Economiques en 1993, sont absents de l’abondante bibliographie à la fin de l’ouvrage. On n’ose pas imaginer que l’auteur ne les connaît point. La fin du livre prend des accents militants. La mondialisation est accusée de maintenir et même d’accroître l’esclavage, notamment des enfants. Les travailleurs sans-papiers sont assimilés à des esclaves dans la mesure où ils sont à la merci de leurs employeurs. On serait prêt à suivre l’auteur sur cette piste intéressante. Mais comme il le dit lui-même, s’il y a des travailleurs irréguliers, c’est qu’il y a des règles, et ces règles ont été décrétées par des Etats, non par des entreprises. « Les gouvernants, demande-t-il, peuvent-ils faire oublier qu’il dépend d’eux que ces règles soient changées ? » Poser la question c’est y répondre.

[1] The Rise and Fall of American Slavery, Without Consent or Contract, W. W. Norton & Company. New York. London, 1989 ; En collaboration avec Stanley L. Engerman, Time on the Cross, The Economics of American Negro Slavery, Little, Brow and Company, 1974


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