L’Observatoire des religions

Bordeaux, Nantes, port négriers

samedi 21 juillet 2007

Au siècle des Lumières, le trafic d’esclaves connut en France son apogée. Un Noir équivalait en théorie à 6 000 livres pesant de sucre brut. Le problème, c’est que, à valeur égale, le Noir, même entassé au fond d’une cale, occupe plus de place dans un navire que le sucre. En effet, par tonneau, un négrier peut transporter deux Noirs ou deux mille livres de sucre. Ainsi deux Noirs qui occupaient à l’aller un tonneau sont échangés contre douze mille livres de sucre occupant six tonneaux. Même si, dans la pratique, un Noir ne valait que 4 000 livres de sucre, il fallait prévoir plus de navires pour le commerce de « droiture » le trafic direct entre la métropole et les îles d’Amérique que pour le commerce « circuiteux », lequel faisait escale sur les côtes d’Afrique pour y prendre sa cargaison de nègres, négrillons, négresses et négrittes.
Nantes a assumé son passé de port négrier, ce n’est pas le cas de Bordeaux qui a caché sa honte.
D’autres difficiles problèmes de gestion se posaient aux maîtres de cette « branche supérieure du commerce », pour employer l’expression utilisée à l’époque par la chambre de commerce de Bordeaux afin de désigner le trafic des esclaves.
La masse des capitaux qu’il fallait rassembler pour armer un négrier n’était pas à la portée d’une bourse individuelle. Il fallait se mettre à plusieurs pour une mise de fonds, une « mise hors » comme on disait dans le jargon de la profession. Trouver un assureur, puis un capitaine et des marins qui voudraient bien courir une aventure longue et périlleuse.
Les vendeurs d’esclaves sur la Côte d’Ivoire ne se contentaient pas de pacotilles et de verroteries. Leur goût pour les textiles, l’alcool, les armes, la poudre était « de plus en plus sûr ». Les cauris, ces petits coquillages blancs qui leur servaient de monnaie, devaient provenir des Maldives, via la Hollande.
Les fusils anglais avaient la primeur. Il était hors de question de satisfaire les traitants africains avec des pétoires explosant au premier tir. Les armes sorties des manufactures de Chateaubriand, de Tulle et de Saint-Etienne n’étaient pas conformes aux normes imposées par les roitelets de la Côte, l’orgueil de l’industrie française dût-il en souffrir. En 1749, un armateur essaya de fourguer des fusils de Saint-Etienne « façon anglais » mais les Africains préféraient l’original à la copie, et cela se savait à Bordeaux. Aussi bien, la chambre de commerce de cette même ville s’opposait à ce que l’Etat imposât à l’export des fusils de fabrication française.
La gestion des sexes n’était pas non plus laissée au hasard. Importer trop de négresses ou de négrittes, c’était favoriser la reproduction des Noirs dans les colonies, et donc concurrencer la traite. Enfin, comme rien ne se fait dans le pays de Colbert sans l’aide de l’Etat, il fallait aussi s’assurer des primes promises : 40 livres par tonneau de négrier, 200 livres par Nègre introduit à Saint-Domingue...
Eric Saugera, Bordeaux, port négrier, 17e-19e siècles, Karthala. Olivier Pétré-Grenouilleau. Nantes, Editions Palantines

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