L’Observatoire des religions

Le bétail parlant

samedi 21 juillet 2007

Le plus intéressant dans l’économie de l’esclavage, c’est quand elle est posée en termes de droit. Cela peut paraître paradoxal, puisque l’un des modes réputés les plus ignobles d’exploitation de l’homme par l’homme paraît au premier abord comme un déni de tout droit, reposant sur une pure violence, surtout lorsqu’il s’agit d’esclavage colonial comme dans cet ouvrage collectif auquel ont contribué, notamment, Christian Schmidt, André Lapidus, Philippe Steiner et Pierre Dockès.

En ce qui concerne l’histoire de la pensée des économistes de cette époque sur ce sujet, la position d’Adam Smith, dans La Richesse des Nations, mais aussi dans les Lectures on Jurisprudence, est magnifiquement exposée. Toutefois, l’article « Esclavage » de Gustave de Molinari, dans le Dictionnaire d’économie politique (1852), aurait pu être davantage exploité.

D’autre part, puisqu’il s’agit de traiter de l’économie de l’esclavage, un bilan complet aurait nécessité une prise en compte plus précise non seulement des profits des maîtres comparés aux frais d’entretien des esclaves, mais aussi des coûts de l’appropriation, qui sont ici essentiellement des coûts de surveillance des esclaves.

Ces coûts spécifiques, mentionnés nommément une seule fois dans l’ouvrage, expliquent l’importance cruciale des îles dans l’économie esclavagiste, puisque par nature ce type de territoire facilite le contrôle du « bétail parlant », comme on disait du temps de Platon. L’économie des galères reposait sur la même logique...

Célimène Fred et André Legris (éds), L’Économie de l’esclavage colonial : enquête et bilan du xviie au xixe siècle, CNRS Éditions, Paris, 2002, 188 p., réf. dissém., index, fig.

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