COMMENT ET POURQUOI LA FRANCE A DONNE LA BOMBE A ISRAEL
vendredi 20 juin 2008 par Philippe Simonnot
Ainsi fut installé au profit de l’Etat hébreu un énorme déséquilibre stratégique permettant aux stratèges juifs d’exercer un chantage nucléaire non seulement sur ses voisins arabes, mais aussi sur les grandes puissances pour obtenir d’elles subsides, privilèges et armements conventionnels.
Principal cible : les Etats-Unis, qui seraient forcément impliqués si par malheur la bombe atomique était utilisée au cours d’un conflit dans cette région. Et ce chantage est encore aujourd’hui exercé. C’est dire l’importance des conséquences actuelles de la décision prise par la France dans les années 1950.
Pourquoi l’a-t-elle prise ? Et QUI l’a prise ? On a prétendu que la France, ayant été convaincue de la précarité stratégique d’Israël face au monde arabe, aurait choisi « généreusement » de mettre définitivement l’Etat juif à l’abri de toute menace de destruction. Cette thèse qui suppose une certaine naïveté et certain altruisme chez les hommes d’Etat français de ce temps-là n’est pas vraisemblable.
En réalité, même si l’opinion et la presse à l’époque étaient largement intoxiquées par la propagande israélienne, au sommet de l’Etat on ne pouvait pas ne pas être informé de la supériorité écrasante de l’armée d’Israël sur ses éventuels agresseurs, la France ayant participé elle-même à la construction de cette supériorité en vendant à l’Etat juif les armes conventionnelles (chars, avions etc.) les plus sophistiquées de l’époque.
La raison du geste français– soigneusement cachée jusqu’ici – pourrait bien être tout simplement que la France a payé ce jour là, cash, le prix de la participation d’Israël à l’expédition de Suez visant à renverser Nasser. C’est ce que nous allons exposer et expliquer.
Le film des événements
Eté 1954 : Nuri Saïd, pro-anglais, prend le pouvoir
17 février 1955 : Ben Gourion accepte de revenir au gouvernement en tant que ministre de la Défense.
3 septembre 1955 : premier contact entre Abel Thomas, directeur de cabinet de Bourgès-Maunoury , ministre de l’Intérieur et Joseph Nahmias, délégué spécial de la défense israélienne.
1er novembre 1955 : le roi Hussein de Jordanie se sépare de Glubb Pacha, général anglo-jordanien.
2 novembre 1955 : Ben Gourion présente son nouveau gouvernement à la Knesset
19 janvier 1956 : Le conseil de Sécurité des Nations-Unies condamne Israël pour avoir attaqué la Syrie.
31 janvier 1956 : Guy Mollet forme son gouvernement socialiste et radical-socialiste
14 février 1956 : lettre de Ben Gourion à Eisenhower, dépeignant Nasser comme une menace pour les intérêts occidentaux et la survie d’Israël
11 mars 1956 : Mollet à Londres regrette la complaisance américaine à l’égard de l’Egypte. « C’est la France qui en subit le plus durement le contrecoup. Elle doit poursuivre seule une politique de fourniture d’armes à Israël. Il lui est seulement impossible d’abandonner Israël . Eden connaît les inquiétudes d’Israël mais pense qu’actuellement encore il est le plus fort.
12 avril 1956 : Douze Mystère 4 parviennent enfin en Israël
23 avril 1956 :Shimon Pérès débarque dans le plus grand secret à Paris, et remet au gouvernement une commande : 100 chars AMX, 40 automotrices, 1000 lance roquettes, 20 000 roquettes, 60 Mystère 4 A, 50 Mystère 4 B, 24 Ouragans, 12 Vautours. La livraison en sera faite dans les semaines suivantes dans le plus grand secret.
13 juin 1956 : Les forces britanniques se retirent définitivement de leur base de Suez.
17-18 juin 1956 : Dayan à Paris avec Shimon Pérès
22-25 juin 1956 : Réunion secrète au château de Vermars (France ) entre Dayan avec des militaires français, notamment le général Challe (le futur putschiste de 1961)
19 juillet 1956 : Les Etats-Unis annoncent qu’ils ne financent plus le Barrage d’Assouan
26 juillet 1956 : Nationalisation du Canal de Suez
27 juillet 1956 : Bourgès-Maunoury convoque Shimon Perez pour lui annoncer que France et Grande-Bretagne vont riposter à Nasser.
15 août 1956 : Les préparatifs du débarquement anglo-français en Egypte sont achevés.
17 septembre 1956 : déjeuner à l’ambassade d’Israël en France : Pierre Guillaumat, Francis Perrin, Ernst Bergmann, Shimon Pérès. Tous quatre ont engagé en même temps que les préparatifs de l’opération conjointe, des pourparlers en vue de la construction d’un réacteur de recherche nucléaire en Israël.
19-22 septembre 1956 : Shimon Pérès à Paris. Les Français proposent aux Israéliens de se joindre à l’opération de Suez.
30 septembre 1956 : conférence secrète réunissant près de Paris Golda Meir, Shimon Pérès, Moshe Dayan, Christian Pineau, Maurice Bourgès-Maunoury. Pineau suggère une attaque israélienne qui fournirait à la France et à la Grande-Bretagne le prétexte pour intervenir.
10 octobre 1956 : accord secret entre Shimon Pérès et Abel Thomas qui définit les aspects de la coopération franco israélienne, y compris nucléaire
12 octobre 1956 : le représentant de la Grande-Bretagne informe Ben Gourion que des troupes de Grande-Bretagne pénétreraient en Jordanie pour défendre ce pays contre toute agression israélienne.
16 octobre 1956 : représailles d’Israël contre la Jordanie : 100 Arabe sont tués à Qalqilya.
22 – 24 octobre 1956 : réunion secrète à Sèvres.
29 octobre 1956 : Israël lance son attaque sur l’Egypte
30 octobre 1956 : Ultimatum franco-anglais à l’Egypte et à Israël
1er novembre 1956 : l’aviation égyptienne est clouée au sol.
5 novembre 1956 : début du débarquement franco-anglais à Port-Saïd. La Réserve fédérale américaine attaque la livre sterling.
6 novembre minuit : cessez-le-feu. Shimon Pérès et Golda Meir prennent l’avion pour Paris où ils restent 3 heures, le temps de voir Pineau, Bourgès-Maunoury et Abel Thomas et de confirmer l’accord nucléaire ultra-secret de Sèvres.