L’Observatoire des religions

A propos du marché des biens religieux

mardi 13 janvier 2009 par Jacques Lecaillon

L’application de l’analyse économique aux phénomènes religieux suppose au minimum une claire définition du produit proposé par les religions « organisées » et des concepts d’offre et de demande suffisamment précis pour décrire l’équilibre des marchés.

Le comportement des pouvoirs publics

Même si elles font profession de laïcité, les autorités ne peuvent ignorer l’existence et les problèmes des grandes religions organisées, ni ceux posés par les sectes [1]. On note, par exemple, qu’en France à l’heure actuelle l’Etat ou les collectivités locales assurent l’entretien d’une partie des édifices religieux ou subventionnent sous des prétextes culturels la construction de nouveaux édifices comme les mosquées. Ce faisant, ils prennent en charge une partie des coûts de fonctionnement des confessions bénéficiaires de leur aide.

Limiter des effets externes négatifs

Indépendamment de leurs aspects idéologiques ou politiques, ces interventions peuvent prendre appui sur la théorie des effets externes, positifs ou négatifs, engendrés par l’existence de certaines activités. Les réglementations concernant le tabac, l’alcool, la drogue ou la pollution, mais aussi les sectes, relèvent des interventions destinées à limiter des effets externes négatifs. Les meilleurs exemples d’action de la puissance publique fondée sur des effets externes positifs concernent les biens sous tutelle pour lesquels l’Etat peut aller jusqu’à la création de véritables services publics ; c’est le cas en matière de santé et d’éducation. Une prise en charge de ce type en matière de religion modifie bien entendu les conditions d’équilibre du marché ; elle pourrait s’analyser à partir de la théorie économique de la bureaucratie.

Une telle prise en charge peut se justifier économiquement si l’on admet que les religions influencent favorablement les performances et la croissance économiques en agissant sur les comportements individuels : éthique du travail, sens de l’épargne, honnêteté, solidarité…..La difficulté est que ces effets externes favorables varient d’une confession à l’autre. Selon une étude de Heath, Waters et Watson [2], le Catholicisme et plus encore les formes fondamentalistes du Christianisme auraient exercé une influence négative sur le revenu par tête des Etats-Unis durant la seconde moitié du siècle dernier, alors que le judaïsme et les formes libérales du protestantisme auraient eu un impact positif. Cela revient à dire que la créativité, la recherche et la croissance sont favorisées par un climat de tolérance et qu’elles s’accommodent moins bien de normes morales contraignantes en matière sociale, scientifique ou éthique.

Mais l’Etat pourrait-il s’appuyer sur ce genre de considérations pour opérer une discrimination entre les religions selon leur efficacité supposée et fausser ainsi leur concurrence ? La stabilisation du marché religieux se paierait alors d’un retour au système des « religions d’Etat », ce qui n’est pas la perspective la plus probable dans un contexte de mondialisation.

Jacques Lecaillon est professeur émérite d’économie de l’Université Paris I Panthéon–Sorbonne. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages d’analyse économique.

[1] Cf. Ph. Simonnot : Le marché de Dieu, op.cit. p.23 et suiv.

[2] W.C.Heath, M.S. Waters et J.K. Watson : Religion and Economic Welfare, Journal of Economic Behavior and Organization, 1995, p. 129


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