L’Observatoire des religions

L’Orientation du monde

Coïtus reservatus (Chine) contre coïtus interruptus (Occident)

mardi 19 juin 2007

Vus de Chine, ces Grecs qui nous paraissent tellement civilisés n’étaient que des barbares, et l’on voudrait nous les présenter comme des modèles !
Comparée à la Chinoise, la Grecque a un statut sexuel moins enviable. Comme on l’a dit plus haut, l’homme projette en elle les mécanismes de la jouissance masculine : même éjaculation d’un sperme de même nature [1]. Du même coup, le plaisir féminin est pensé beaucoup moins intense que celui de l’homme, parce que chez celui-ci l’excrétion de l’humeur se fait de façon brusque et avec beaucoup plus de violence. Comme l’a remarqué Michel Foucault, l’acte masculin « détermine, attise, domine » et donc décide du début et de la fin du plaisir [2]. C’est encore de lui que dépend la bonne santé des organes féminins, l’utérus devant être de temps à autre imprégné du liquide mâle sous peine de refouler du sang dans le reste du corps de la femme, maladie nommée hystérie par Hyppocrate. Foucault encore : « Ce « schéma éjaculatoire » à travers lequel on perçoit toute l’activité sexuelle – et dans les deux sexes – montre évidemment la domination presque exclusive du modèle viril. L’acte féminin n’en est pas exactement le complémentaire ; il en est plutôt le double, mais sous la forme d’une version affaiblie qui en dépend aussi bien pour la santé que pour le plaisir » ( [3]
Le statut sexuel de la femme dans ce qu’il est convenu d’appeler le « berceau » de la civilisation occidentale, est d’autant moins enviable que de par la nature des choses, son sexe est pénétré au cours de l’acte. Or dans la tête des phallocrates grecs, l’univers sexuel se résume au dilemme : pénétrer ou être pénétré. La première posture est d’autant plus valorisante que la seconde est dévaluée. Dans le théâtre d’Aristophane, l’épithète d’ « enculé » est couramment utilisé comme quolibet ou injure. Pour reprendre des expressions qu’affectionne Paul Veyne, on trouve d’un côté les « sabreurs », tous mâles et virils, de l’autre les « sabrés », male ou femelle, anus et vagin confondus dans la même péjoration [4]. D’un côté, l’activité et la domination, de l’autre par conséquent et corrélativement, la passivité et la soumission.

[1] Hippocrate, De la Génération, 4, 1

[2] Michel Foucault, La volonté de savoir, Gallimard, 1977, p. 145

[3] Foucault, op. cit. p. 146

[4] Paul Veyne, « L’homosexualité à Rome », in Communications, n°35, 1982, Seuil, p. 26 sq


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