L’Observatoire des religions

L’Orientation du monde

Coïtus reservatus (Chine) contre coïtus interruptus (Occident)

mardi 19 juin 2007

Vus de Chine, ces Grecs qui nous paraissent tellement civilisés n’étaient que des barbares, et l’on voudrait nous les présenter comme des modèles !

Cette dissymétrie dans l’acte sexuel pose aux Grecs un problème philosophique et moral : Comment un être humain peut-il se prêter sans perdre son humanité à une telle soumission ? Or ce problème est posé, non à propos de l’amour de la femme, mais de l’amour des garçons. Ce qui confirme le statut inférieur auquel est reléguée la femme, sa « soumission » dans l’acte sexuel étant considérée comme « naturelle », c’est-à-dire conforme à la nature féminine. En revanche, l’homosexualité pose ce que Foucault a justement appelé « l’antinomie du garçon » : d’un côté, « le jeune homme est reconnu comme objet de plaisir », mais de l’autre, « le garçon, puisque sa jeunesse doit l’amener à être un homme, ne peut accepter de se reconnaître comme objet dans cette relation qui est toujours pensée dans la forme de la domination :il ne peut ni de doit s’identifier à ce rôle » [1]. Xénophon fait dire à Socrate : « Un garçon d’ailleurs ne participe pas comme une femme aux voluptés amoureuses d’un homme, mais il reste le spectateur à jeun de son ardeur sexuelle » [2]. Détail qui ne gâte rien : Xénophon est le premier penseur à avoir jamais écrit un livre d’économie dont le titre n’est autre que L’économique !
Chez les Romains de l’âge classique, Paul Veyne, dans l’article cité plus haut, montre que la même sexualité phallocratique aboutit à la même problématique et aux mêmes solutions philosophico-morales. Il n’était pas gai, à cette époque, l’ »amour gay » pour les jeunes gens qui s’y adonnaient. Même s’ils éprouvaient du plaisir à être possédés par des hommes, ces malheureux garçons ne pouvaient même pas le reconnaître – ce qui est le comble de la répression …et du plaisir ?
Cette « antinomie du garçon » a conduit les philosophes grecs , on le sait, à concevoir l’amour sous sa forme la plus « pure », la dépense sexuelle étant réduite à zéro comme chez les Chinois, non dans le coitus reservatus, mais tout simplement dans le non-coït, l’abstinence (bien avant les chrétiens). La maximisation du « plaisir » est ainsi atteinte dans l’amour « platonique » par l’annulation de la dépense, ou si l’on veut employer un terme freudien, par la sublimation complète, l’épargne spermatique étant portée à son plus haut niveau possible. Le plus bel amour est dépourvu de sexualité.

[1] Foucault, op. cit. p. 243

[2] Xénophon, Banquet, 8, 21


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